Couverture du  65e Festival de Cannes, en textes et en images, sur le site de La Plume Noire et sur son blog. 

 

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Ainsi donc, le film qui aura indéniablement proposé les images les plus déroutantes mais surtout les plus fortes, celles qui s'imposent et s'installent dans la mémoire longtemps après les avoir vues (subies pour beaucoup) remporte sans réelle surprise la Palme d'Or. Participant de la légende, le lauréat, absent de la conférence de presse comme de la Montée des Marches, ne viendra pas chercher sa récompense. Timidité, aversion pour le décorum, ego sur-dimensionné ? Une attitude à l'image de l'oeuvre, insaisissable, hermétique, personnelle jusqu'au déni d'autrui. Terrence Malick et son Tree of life a su se faire attendre (il devait déjà faire partie de la compétition de la 63e édition du Festival de Cannes) pour mieux marquer l'histoire du festival. On ne peut pour autant s'empêcher de s'autoriser une comparaison avec l'autre cinéaste de cette 64e édition, qui aura brillé par sa présence, puis par son absence. Lars Von Trier aurait pu prétendre à la Palme d'Or, avec Melancholia, l'un de ses plus beaux films, l'autre seul petit chef d'oeuvre d'une sélection officielle pourtant de qualité, qui laisse une trace tenace dans les mémoires, le pendant sombre et négatif de Tree of life, son cousin maudit, son yang, là où Malick célèbre la vie et tutoie Dieu, LVT lui joue la carte du nihilisme face au cosmos.

 

On peut se demander dans quelle mesure le dérapage de LVT ne lui a pas fermé les portes du podium malgré une impartialité affichée du jury mené par Robert de Niro. C'eut été une belle première de voir la récompense suprême décernée à un auteur interdit de séjour et cela n'aurait pas changé grand chose, puisque tout  comme  Malick, LVT n'aurait pas monté les Marches pour recevoir la Palme, les organisateurs l'ayant déclaré persona non grata. C'eut pu être une belle première qu'un lauréat refuse même de venir chercher la Palme. LVT en est capable, il n'en est plus à un suicide médiatique près... Dans quelle mesure, se demande-t-on, le Prix d'interprétation féminine, décerné à Kirsten Dunst, ne constitue-t-il pas un prix de complaisance, de consolation, et bien pratique puisque récompenser la prestation de la comédienne, c'est récompenser par procuration Melancholia sans avoir  à décerner un prix à son trublion de réalisateur ? Astucieux ! Nonobstant, Dunst mérite amplement son prix, elle livre l'une de ses  plus  belles  performances  à l'écran, tout en finesse, en retenue, en nuances, et prouve par-là ô combien LVT  excelle  dans  la  direction d'acteurs et  sait  tirer  le  meilleur de  ses  castings  en  leur demandant d'aller puiser au plus profond de leurs tripes.

 

 Si la concurrence face  à Kirsten Dunst se réduisait à l'excellente (comme toujours, a-t-on envie de  préciser) performance de Tilda Swinton, pour le Prix d'interprétation masculine, plusieurs noms brûlaient les lèvres des parieurs : Michel Piccoli en pape en pleine crise de foi, Brad Pitt en père fouettard, Sean Penn en Robert Smith névrosé, Ryan Gosling en machine à broyer des crânes, pied au plancher... Mais un outsider a su séduire le  jury, essentiellement composé d'anglo-saxons qui auront certainement apprécié (à sa juste valeur) le  plus actor-studio des comédiens français,  Jean  Dujardin.

 

 Consensuel,  le  palmarès ? Pas  vraiment. Si  la  Palme d'Or  ne  surprend  guère (même  si nous  maintenons  notre  avis  au sujet  du  chef  d'oeuvre  raté de  Malick), de  grands  favoris dont  la  rumeur promenait les  noms le  long de  la  Croisette repartent  finalement  bredouilles : Kaurismaki, Almodovar, Cavalier, Moretti. Quatre réalisateurs ayant  su renouveler leur  propre  cinéma et  surprendre avec  des  films  unanimement salués par la critique et  le  public  dans  leur ensemble. La surprise  viendra  finalement des  outsiders : Nicolas Winding Refn et  son  hommage  aux  séries  B des  années 80, Drive, kitsch au possible et  ultra-violent, remporte le  Prix de  la  Mise  en Scène, tandis que  le  polar  à la  turque de  Nuri Bilge Ceylan, nimbé  d'une  atmosphère  languide et  fantastique, qui aura  épuisé plus d'un festivalier avec ses  2h45 de road-trip dans la nuit noire de l'Anatolie, et fait  rire  plus d'un critique crétin avec son "casting  à moustaches", rafle le Grand Prix, qu'il partage curieusement avec  les  frères  Dardenne.

 

Plus contestable, le  Prix du scénario pour  Footnote,  un film dont on se demande encore pourquoi il figurait en compétition officielle quand dans la  section  Un Certain Regard on  pouvait avoir un Gus Van Sant d'excellent  aloi ou  un Zviagintsev des plus subtiles. Finalement, le  jury du Grand  Bob récompense un cinéma exigeant mais  également un cinéma  populaire qui ouvre le Festival de  Cannes au grand  public. Nul doute que The  Artist trouvera les  chemins  du  box-office, tout comme  Polisse de  Maïwenn (Prix du Jury) tiendra certainement la  distance en  salle,  contrairement  à  sa  réalisatrice,  Palme d'Or de  l'essoufflement, après avoir  parcouru  10 mètres  pour  monter sur  scène et prononcer un haletant discours, entre deux soupirs d'émotion.

 

Les  mauvaises  langues incapables de comprendre les  vrais  enjeux du  cinéma en  tant que  passerelle vers  d'autres  mondes pestaient  contre  la  Palme  d'Or  décernée  à Apichatpong Weerasethakul, à l'issue de  la  précédente  édition. Que diront-ils de  celle-ci, dont  l'histoire retiendra  surtout  deux absences : celle de deux génies de l'image. Absents des  Marches, l'un par  choix, l'autre par excès d'humour noir. Mais incroyablement présents sur les  écrans, sur les rétines, dans les  mémoires, voire  les  chairs.

 

photos : de  haut en  bas, Robert de Niro, Nuri Bilge Ceylan, Olivier Assayas, Jean Dujardin,  Nicolas Winding Refn, Maïwenn, Ryan Gosling.

 

A l'écoute des bribes de conversations glanées de ci de là, il apparaît que ce 64e Festival de Cannes aurait proposé une sélection de qualité. Il est vrai que nombre des films pouvant espérer repartir avec la Palme d'Or ont séduit autant le public que la critique. Pour autant, nous n'aurons pas eu le frisson, ce sentiment indicible, à la sortie de la projection, d'avoir découvert une véritable proposition de cinéma, comme avaient pu le faire lors des  précédentes éditions des films comme Oncle Boonmee ou My Joy, ou encore Kinatay.

Cette année, Nuri Bilge Ceylan a surpris e proposant une forme de cinéma exigeante et différente des codes habituels, avec un polar flirtant avec le fantastique. Almodovar se libère de ses carcans et explore  d'autres genres comme le thriller. Loin de ses extravagances stylistiques, Miike signe un film de samuraï sobre,  élégant, et fin. Kaurismaki fait du Kaurismaki à la française, tandis que Maïwenn réunit une belle famille d'acteurs. Communauté également, chez Bonnelo et ses prostituées... La récréation jouissive de Drive (Nicolas Winding Refn) se démarque au milieu de la sélection, tandis que Moretti transcende Piccoli en pape plus humain que jamais.

Et pourtant, aucun de ces films n'aura fait parcourir un frisson de bonheur le long de l'échine. Même les scandales annoncés n'ont pas provoqué les polémiques attendues. Michael reste suffisamment sobre et intelligemment pudique pour éviter le coup de provoc,  Sleeping Beauty se révèle n'être qu'un pétard mouillé, creux et vain, et We need to talk about Kevin se perd dans sa mise en scène trop sophistiquée pour être honnête. Cette année à Cannes, le scandale ne venait pas des salles  obscures. Il a fallu le chercher outre-Atlantique, avec l'affaire DSK, à la une de toutes les presses, éclipsant les  montées des  Marches, renvoyées à leur futilité,  à leur  superficialité. Le scandale, il est venu d'une salle de  conférence de presse, de l'esprit embrouillé de Lars Von Trier, déclaré persona non grata par les organisateurs. Le scandale tant  attendu, sans lequel un Festival de Cannes ne serait pas ce qu'il est et ce  pour  quoi on  l'aime  en  partie, il a fallu le chercher dans la réalité. Une réalité qui semble loin de cete bulle, mais qui s'est immiscée dans l'enceinte du palais, par la voix du réalisateur danois.

Et pourtant... Les deux seuls oeuvres qui continuent d'habiter les mémoires, au milieu du brouillards vaporeux provoqués par l'overdose de films, sont des petits chef-d'oeuvre. L'un raté, l'autre condamné à l'opprobre par son auteur même. Tree of life, de Terrance Malick, donc, et Melancholia, de Lars Von Trier. Deux films qui auraient pu prétendre à la Palme d'or, par leur maîtrise technique stylistique et thématique. Deux oeuvres complémentaires, qui se répondent, l'un constituant le pendant sombre et négatif de l'autre, tous deux s'interrogeant sur la place de l'Homme dans l'univers, dans le cosmos, et proposant un cinéma unique, ne souffrant aucune comparaison possible.

Et si, pour parfaire le caractère historique de cette édition, la Palme était remise à un auteur absent ? Malick, absent lors de la Montée des Marches. Trier, interdit de séjour... Ce serait une première.

En attendant le verdict de Mister De Niro, voici nos  pronostics.

Palme d'or : "Le Havre" (Palme du coeur : "Melancholia").
Grand prix : "Pater" (Grand prix du coeur : "Tree of life").
Prix du jury : "Habemus papam" (Prix du jury du coeur : "Habemus papam").
Prix d'interprétation féminine : Tilda Swinton (du coeur : Kirsten Dunst).
Prix d'interprétation masculine : Michel Piccoli (du coeur : Brad Pitt).
Prix de la mise en scène : "Il était une fois en Anatolie" (du coeur : idem).
Prix du scénario : "La piel que habito " (du coeur : "Hara-kiri").

Elena, d'Andrey Zviagintsev, remporte le prix spécial du jury Un Certain Regard.

L'une des deux histoires de tumeur de la sélection (l'autre étant narrée dans Restless de Gus Van Sant), Arrêt en pleine voie d'Andreas Dresen (en photo)  remporte le 1e Prix Un Certain Regard, ex-aequo avec l'autoportrait Arirang de Kim-ki duk, qui a poussé la chanssonnette sur scène : touchant.

Nous n'avons pas vu le film de clôture de Christophe honoré, Les Bien aimés. Mais nous aurions bien aimé...

Ludivine Sagnier y interprète lepesonnage de Catherine Deneuve jeune.

Louis Garrel.

Leïla Bekhti.

Fin de festival. Vendredi, une profonde lassitude se faisait ressentir dans les rangs des festivaliers, alors que la compétition n'avait pas encore présenté tous ses films en lice. Parmi ceux-là, La Source des femmes, de Radu Mihaileanu, un film qui ravira sans nul doute le grand public par sa pédagogie démagogue. Soit, la condition de la femme écrasée par le poids des traditions dans la société musulmane.

On lui préfèrera le polar crépusculaire teinté de fantastique de Nuri Bilge Ceylan, qui, pendant 90 minutes, embarque le spectateur dans un trip nocturne en plein coeur des terres de l'Anatolie. Magistral.

Sean Penn concourt pour le prix d'interprétation. Son personnage de Cheyenne, star du rock fatiguée et déprimée parti retrouver un criminel nazi ayant humilié son père, dans  This must be the place de Paolo Sorrentino, comporte tous les ingrédients pour briguer le prix. Même si l'acteur en fait trop, dans cet OFNI (Objet filmé non identifié) improbable qui comporte de belles scènes et de croustillantes répliques, comme "Les rock stars n'ont pas d'enfant. ils risquent de voir leur fille finir en styliste excentrique."

 

Pop electro sirupeuse et blafarde, police de caractère rose fluo au générique, tenue vestimentaire vintage. Visuellement, Drive nous emmène pied au plancher dans un revival des années 80 et nous ferait presque aimer des films aujourd'hui inregardables, comme Top Gun, Miami Vice (la série) ou Highlander. Empruntant à l'esthétique de l'époque, Nicolas Winding Refn prend le spectateur qui avait adoré son voyage métaphysico-tellurique de vinkings (fabuleux Valhalla Rising) à rebrousse-poil et l'embarque sans lui laisser le temps d'attacher sa ceinture dans une série B des plus jouissives, à travers les artères nocturnes de downtown L.A. Dans ce film, Ryan Gosling flamboie au volant, et défonce des crânes à coups de pompe, en héros crépusculaire et en justicier masqué (très belle scène de poursuite où il conduit son bolide, le visage caché par un masque de doublure de cinéma) venu sauver la veuve et l'orphelin, au sens littéral du terme.

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