"Où elle va cette ombre se perdre au loin ?
Sûr qu'un grand nombre n'y verra rien".
J'y pense encore. Des ombres derrière un rideau, des plaintes qui s'élèvent, gutturales, inouïes, sanglots de bottleneck, déséquilibre soudain poussant le corps hors du cadre, soubresauts épileptiques, comme cherchant à chasser des démons virevoltant autour, le besoin d'entamer un nouveau cycle, une circonvolution dispensant également de l'énergie pure et communicatrice allant se perdre dans une élégie désespérée, l'équilibre est fragile, la grosse caisse martèle au rythme des battements du coeur, un sourire triste, une esquisse de complicité, un éclat bleu, avant de se rendre écarlate, une course effreinée, une longue vie et tout à recracher, tout à ressasser, tout à ruminer, tout à digérer, tout à assumer, la chanson s'étire, toutes sonnent comme une fin de concert, une fin de siècle, une apothéose, un bouquet de nerfs final, mais lorsque crissent les violons, on aperçoit des corps qui flottent, le fleuve, au bord, la poussière vole, et un
lonesome cowboy arrache avec désinvolture quelques lamentations à son harmonica, les projecteurs, la poursuite, irradient et brûlent comme autant de soleils couchants, paroles prophétiques, un grand incendie, un prénom que l'on garde et qu'on aime, une auréole qui grandit sur les draps trop blancs, et l'impossibilité de ne pas remarquer ces bagues aux doigts, cette main si ferme qui agrippe le micro et que la pluie ne lavera pas, une urgence, au son des mascarades, au gré du ronronnement des machines, détraquées, essouflées, explosions sur un piano affolé, les riffs vibrent, s'accélèrent comme un train à pleine vitesse, un râle déchire les membranes pour, résigné, s'accorder une respiration, l'air de rien, et peut-être rendre l'âme, tout est là,
todo esta aqui, la fatalité, le vent qui [em]porte au futur, la lassitude entrelacée, la fatigue, le feulement d'un chat de cimétière, on susurre un chant funèbre, bien que révolutionnaire, comme devant le peloton d'exécution, les yeux et les muscles bandés, des visages défigurés défilent, ceux de Jim Morrison, de Nick Cave, de Jacques Brel, ça vous fait quoi d'être au milieu ? On n'a pas honte de pleurer, pour trois initiales, pour des poètes, l'un maudit, l'autre, russe, à la santé de la mélancolie, parce qu'on n'oublie rien, mais qu'on efface, on colmate avec du ciment sous les plaies. En attendant la suite des carnages, on
panse encore.
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Curieux voyage entrepris un soir, dans un train plongé dans la plus totale obscurité. Silence dans les voitures, envahies par intermittences par les lumières artificielles de l'extérieur. Dans les tunnels, le défilé des ampoules accrochées aux parois, et ces yeux face à vous, étoiles agardes, clignotant au milieu de visages invisibles. Chaque arrêt accorde une bouffée d'air, les portes s'ouvrent, et les ombres semblent s'échapper du tombeau roulant pour se dissoudre dans le rayonnement des quais. Dans l'indifférence.
.Noir.Désir.[En.public].
.Noir.Désir.[En.images].