.Oeil.pour.oeil.[10].




Ceci n’est pas une pute. Pourtant, malgré sa mise discrète qui la rend invisible dans le flot des badauds, à la voir arpenter inlassablement les mêmes trottoirs, le même quai de métro, jour et nuit, on pourrait croire qu’il s’agit d’une vieille fille de joie sur le retour, travaillant à son compte. Elle semble attendre quelqu’un, quelque chose. Un client ? Un taxi ? Le retour durable et définitif de l'être aimé ? La fin du monde ? N’allez pas l’aborder, vous vous méprendriez. Sa mine un tantinet apeurée se muerait illico en rage avortant toute tentative de contact, quel qu’il soit, vous transformant en agresseur rapidement soucieux de disparaître à son tour. Le passant qui fréquente assidûment le quartier remarquera aisément cette présence quotidienne, et surtout, l’immuabilité de la tenue vestimentaire et de la coiffure. Un fantôme d’elle-même, qui ne peut qu’engendrer un flot de questions. Comment occupe-t-elle ses journées ? Où vit-elle ? De quoi vit-elle ? Uniquement de cette attente mystérieuse ? Et pourquoi ? Nous n’avons pas affaire à une clocharde à qui on voudrait payer un sandwich. Impossible d’appeler le Samu social. Elle semble ne rien attendre de son prochain, son histoire ne regarde qu’elle, finalement. Elle n’offre aux regards attentifs que son ombre, qu’on s’attend à croiser à chaque passage dans les parages. Jusqu’au jour où elle disparaîtra, c’est certain, pour de bon, emportant avec elle ses secrets. Ce genre de rencontre résiste et laisse le sentiment quelque peu amer qu’on ne peut rien pour elle. Contrairement à un SDF couché sur le trottoir, le corps enfoui sous une bâche, quand bien même la pluie le piétine. Il y a peu, je lisais sur un blog le récit de son administrateur, se posant autant de questions sur ce type de laissés pour compte. Billet abject rédigé certainement mentalement, alors que déjà l’auteur s’éloignait en oubliant même le sort du malheureux, et surtout, pensant davantage à l’anecdote croustillante qu’il donnerait en pâture à ses lecteurs, plutôt que de tendre la main, de poser directement ses questions à l’intéressé, voire de composer le 115... Quitte à vivre dans l’indifférence et le mépris, pour ne pas parler de condescendance, merci de ne pas prétendre vous soucier d’autrui. Passez votre chemin et trouvez un autre sujet de billet. L’épave sous sa couverture en plastique n’a que faire de la dédicace que vous lui adressez. Il n’a pas accès à la Toile, et n’en crèvera pas moins de faim ou de froid. Souvent, je me dis que décidément, le Parisien, vaut mieux l’avoir en journal.






Fred, directeur des publications de plume-noire.com, était de passage à Paris, avant son retour à Los Angeles, où il vit depuis des années, croisant au petit déjeuner les stars, de Carrie Ann Moss à Quentin Tarantino, en passant par John Leguizamo. Un Français au pays où la superficialité devient un mode de vie revient au pays de l'arrogance les valises pleines d'anecdotes fort croustillantes. Avec un peu de temps, un peu d'argent, et un peu de chance (sans vouloir trop s'avancer), il devrait nous servir de guide lorsque Santa Claus entamera sa tournée mondiale. Nous devrions revenir à notre tour avec une pléthore de clichés et de petites histoires à raconter.


"Où elle va cette ombre se perdre au loin ?
Sûr qu'un grand nombre n'y verra rien".


J'y pense encore. Des ombres derrière un rideau, des plaintes qui s'élèvent, gutturales, inouïes, sanglots de bottleneck, déséquilibre soudain poussant le corps hors du cadre, soubresauts épileptiques, comme cherchant à chasser des démons virevoltant autour, le besoin d'entamer un nouveau cycle, une circonvolution dispensant également de l'énergie pure et communicatrice allant se perdre dans une élégie désespérée, l'équilibre est fragile, la grosse caisse martèle au rythme des battements du coeur, un sourire triste, une esquisse de complicité, un éclat bleu, avant de se rendre écarlate, une course effreinée, une longue vie et tout à recracher, tout à ressasser, tout à ruminer, tout à digérer, tout à assumer, la chanson s'étire, toutes sonnent comme une fin de concert, une fin de siècle, une apothéose, un bouquet de nerfs final, mais lorsque crissent les violons, on aperçoit des corps qui flottent, le fleuve, au bord, la poussière vole, et un lonesome cowboy arrache avec désinvolture quelques lamentations à son harmonica, les projecteurs, la poursuite, irradient et brûlent comme autant de soleils couchants, paroles prophétiques, un grand incendie, un prénom que l'on garde et qu'on aime, une auréole qui grandit sur les draps trop blancs, et l'impossibilité de ne pas remarquer ces bagues aux doigts, cette main si ferme qui agrippe le micro et que la pluie ne lavera pas, une urgence, au son des mascarades, au gré du ronronnement des machines, détraquées, essouflées, explosions sur un piano affolé, les riffs vibrent, s'accélèrent comme un train à pleine vitesse, un râle déchire les membranes pour, résigné, s'accorder une respiration, l'air de rien, et peut-être rendre l'âme, tout est là, todo esta aqui, la fatalité, le vent qui [em]porte au futur, la lassitude entrelacée, la fatigue, le feulement d'un chat de cimétière, on susurre un chant funèbre, bien que révolutionnaire, comme devant le peloton d'exécution, les yeux et les muscles bandés, des visages défigurés défilent, ceux de Jim Morrison, de Nick Cave, de Jacques Brel, ça vous fait quoi d'être au milieu ? On n'a pas honte de pleurer, pour trois initiales, pour des poètes, l'un maudit, l'autre, russe, à la santé de la mélancolie, parce qu'on n'oublie rien, mais qu'on efface, on colmate avec du ciment sous les plaies. En attendant la suite des carnages, on panse encore.
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Curieux voyage entrepris un soir, dans un train plongé dans la plus totale obscurité. Silence dans les voitures, envahies par intermittences par les lumières artificielles de l'extérieur. Dans les tunnels, le défilé des ampoules accrochées aux parois, et ces yeux face à vous, étoiles agardes, clignotant au milieu de visages invisibles. Chaque arrêt accorde une bouffée d'air, les portes s'ouvrent, et les ombres semblent s'échapper du tombeau roulant pour se dissoudre dans le rayonnement des quais. Dans l'indifférence.

.Noir.Désir.[En.public].
.Noir.Désir.[En.images].
.Jules.Lavie.

.Photonote.

.Infidèles.













.Alexander.Hacke.[Einstürzende.Neubauten].à.l'Etrange.festival.










Notes 1 - 10 / 24