.Constance.

Ayons l’outrecuidance d’affirmer que ce sont notamment les convictions qui définissent une personnalité. Les convictions qui résistent à l’épreuve du temps.

Savoir apprécier la puissance créatrice d’un tel groupe, depuis quasiment ses débuts (découverts avec l’album Powerslave, qui entraînait à sa suite Piece of mind et The number of the beast) jusqu’à nos jours, soit environ 20 ans après, relève de la conviction. Il y a des artistes qu’on renie, qu’on frappe du sceau de la nostalgie. Pour les acolytes d’Eddie the Head, rien de tout cela, ou alors pas uniquement. Parce que personne ne possède ce style si définissable, si reconnaissable, si unique. Ces cavalcades de basse, ce chant entre puissance et lyrisme, ces solos véloces et mélodiques, ces rythmiques qui transgressent les schémas du rock pour servir, en guise d’ossature à un morceau, une, voire plusieurs mélodies s’enchevêtrant. Ces changements de rythmes inattendus, ces structures complexes si cohérentes, cet art de la transition. Prenons un exemple type : Aces high, ouverture de l’album Powerslave. Intro, changement de rythme pour le riff principal, une mélodie en soi, entrée du chant, en symbiose avec la base musicale, pont, refrain comme un hymne, long solo, puis à nouveau le schéma de départ : parfaite symétrie. On pourrait varier les exemples à l'infini pour aborder toutes les facettes de la palette créatrice de ce groupe maintes fois imité, jamais égalé. Un style tellement unique qu’il en devient intemporel, en cela que de vieux morceaux des années 80 s’écoutent aujourd’hui avec autant de plaisir. Pas une ride, pas une poussière. D’une modernité toujours renouvelée. Oublions les premiers opus, l’épopée débute réellement avec l’arrivée de Bruce Dickinson (The number of the beast et son intro citant la Bible, et surtout, son chef d’œuvre de 7 minutes, Hallowed be thy name, loué soit ton nom). Elle prendra fin momentanément avec son départ, jusqu’à son providentiel retour, réunissant toute la bande (le retour du guitariste Adrian Smith, élevant à trois les gratteux du combo) pour de nouvelles aventures qui les mènent sur des scènes comme celle du POPB, jouant à guichet fermé (concert parisien complet. Qui peut se targuer de remplir Bercy, plus de 20 ans après ses premiers pas dans le monde du rock ?). Croire qu’il n’y a que de vieux croulants trentenaires dans la fosse serait faire fausse route. Les jeunes générations arborent le T-shirt à l’effigie d’Eddie. Comme ils étaient ridicules, Bruce, Steve, Dave et consort, avec leurs pantalons moule-burnes. Satanisme à deux balles, raillaient les esprits chagrins dont la première note hérissait le poil, les rendant incapables d’aller plus loin dans l’écoute. Quant à moi, petit collégien ingénu, j’ai perfectionné mon anglais en décryptant ces paroles tant décriées : prévoir (dans le sens de prédire, d'être clairvoyant) = to foresee… J’ai découvert certains sommets de la poésie (Colleridge, avec Rime of the ancient mariner, contenant des extraits du texte original, savamment mis en musique dans ce titre de 13 minutes) et de la littérature anglo-saxonne (Poe ou Herbert et son Dune, grâce à To tame a land. Pour la petite histoire, l’auteur a refusé que le groupe utilise le titre de son roman), mais aussi des figures historiques (Alexander the Great) ou des séries cultes (The prisoner et son intro extraite d’un épisode : « Who are you ? The new number 2. Who’s number one ? You are number 6. I am not a number, I am a free man ! »), ou encore une synthèse ludique du panthéon égyptien (Powerslave). Des artistes comme Dario Argento, ne s’y tromperont pas, qui utiliseront leur œuvre comme bande son, je pense à Flash of the blade et son riff entêtant pour Phenomena. Hard rock magazine, la référence de l’époque, mettait tous les mois un album en exergue. Un nouvel opus du groupe y avait toujours cette place réservée, à juste titre : un événement à chaque fois. Les trois albums The number of the beast, Piece of mind (j’adeure le jeu de mot) et Powerslave, définissent l’étendue de la palette du répertoire, tous les gimmicks, les différents visages de l’univers du groupe. Avec Somewhere in time, et cette incursion discrète du clavier (sacrilège chez les hardos qui ne jurent que par les instruments traditionnels. On ne pouvait encenser Judas Priest, Accept, Metallica ou Slayer et oser aimer Depeche Mode, cela relevait du non-sens), le groupe passait un cap et livrait, sinon son meilleur album (certains fans ne suivront pas ces audaces), du moins une œuvre somme, illustrée par sa pochette contenant des clins d’œil à tous les précédents opus, un dessin où le regard se perd à l'envi, jamais au bout de la découverte. Quel regret qu’un morceau comme Déjà vu et sa structure cyclique ne soit jamais joué en concert. A cette époque, la mode était à l’album concept, notamment avec Operation mindcrime de Queensryche. Iron Maiden offrira le sien, certainement son album le plus expérimental : Seventh son of a seventh son. Ensuite, les jeux sont faits. Application des recettes concoctées jusque là, avec pour seul mot d’ordre, l’efficacité. Rien de nouveau, que du neuf. Avec quelques perles, comme Fear of the dark. Aujourd’hui, ils reviennent avec une nouvelle galette : A matter of life and death, ancrée dans la période post-seventh son, une époque moderne qui recycle, mais avec cette étonnante originalité qui laisse présager encore de longues années de plaisir pour headbangers de tous poils.



Si l’ouverture, la découverte et les voltes-faces participent de l’évolution d’un homme, c’est rassurant de se dire que certains goûts restent cependant les mêmes. On se dit qu’on ne s’était pas trompé. Que les sensations, voire les sentiments, ont résisté aux assauts de Chronos pour en quelque sorte sédimenter. Que certains combats n’ont pas été vains, que certaines paroles ne se sont pas envolées aux quatre vents, que certains gestes ont fait mouche. De nouvelles strates ont recouvert les cicatrices sans attendre qu’elles se referment éventuellement. Des éclats de rire ont éclipsé les sourires. Mais au fond, dans les profondeurs du cœur, ça palpite innocemment. Il y a comme un pacte tacite, qui permet de faire à nouveau face, comme si c’était hier. On peut entamer un nouveau cycle sans cette irrépressible peur au ventre, on peut encore envisager d’oser. D’affirmer, avec toute la fausse mauvaise foi qui va avec. Parce qu’il y a comme une base solide que les nouvelles ramures n’alourdiront pas pour autant, que rien ne viendra ébranler. Même si rien ne sera plus jamais comme avant, le sang s’est enrichi de ces molécules : elles font partie intégrante de votre être, de votre âme. Elles sont votre peau, vos os, vos synapses, votre suc, elles sont vous. Les frimas peuvent venir caresser les jambes des filles, les filles peuvent ressortir leurs bottes, les bottes peuvent à nouveau battre le pavé, le pavé peut à nouveau atterrir sur les pare-brises, les pare-brises peuvent voler en éclats, les éclats peuvent porter de nouveaux coups, les coups peuvent se rendre… Mais nous ne baisserons pas les bras, tant qu’il y aura cette conviction que ce qui nous a construits existe encore.
J’appelle cela la constance.

.Habité.[?].

.Inspiré.[?].

.Sidérés.[?].



.Poudrière.[1].

.Vernis.

.M.&.G.












.Merci.à.S.&.S.pour.cette.escapade.d'un.soir.hors.de.Paris.





.Ejacule.las.

Notes 1 - 10 / 12