Pour les premières photos des lauréats, prises lors de la conférence post-cérémonie, et postées quasiment en direct, c'est chez .Contrechamp.à.Cannes.

D'autres suivront ces jours prochains, après peut-être une bonne nuit de sommeil pour tenter de s'adapter à nouveau au rythme parisien et lutter contre la déprime post-cannoise.

Hier soir, dans les hauteurs de Cannes. Une célèbre villa avec piscine et jardin offre l'une des vues les plus saisissantes sur la Croistte. On y va en navette, en taxi, en voiture officielle ou à pied, selon son degré de débrouillardise. Libé y reçoit, tranquillement, presque intimement. Un bar dans un coin, une sono dans un autre. On y croise des signatures du journal indépendant (sic), comme se plaît à le hurler à intervalles réguliers l'un des convives, des sélectionneurs qui ne lâcheront aucune info sur le palmarès, quelques critiques de divers médias. Microcosme.

Quelque peu groggy après plusieurs jours à ne dormir qu'une poignée d'heures par nuit, mais apaisés, les quelque dizaines de festivaliers présents échangent leurs vues, dressent un bilan, établissent des pronostics, défendent leurs coups de coeur, presque à voix basse, calmement. On en profite pour mettre des visages sur certains noms, entamer des débats, sans trop y croire.

La température de l'eau se montre tentante. Au bout de quelques minutes, quelques ombres se dévêtissent et piquent une tête, sous les regards complices ou amusés. Plongée dans les pages du Glamorama de Brett Easton Ellis, J. montre l'exemple en apparaissant avec une serviette sous le bras et en revêtant l'habit d'Adam. A peine le temps de s'en rendre compte, il effectue déjà des longueurs avec la nonchalance qui sied à ce genre d'initiative. Quelque temps plus tard, un ami lui passant un coup de fil le trouve au fond de son lit. Plus tard encore, le revoilà comme s'il n'avait jamais quitté la soirée. Près de la sono, les danseurs deviennent translucides ou juste opaques, selon l'angle des lumières, se transforment en ombres sur les notes de Heart of glass, clin d'oeil à la Palme d'or du coeur de nombre de fantômes présents, We own the night de James Gray, où l'on entend cette chanson dans la scène d'ouverture. Avec un titre et une bande son pareils, cette tragédie ne pouvait que leur plaire, puisque pendant 15 jours, et pour encore quelques heures, la nuit leur appartient.

Finalement, le 60e Festival de Cannes ne se démarque pas spécialement des précédents, là où on aurait pu s'attendre à des manifestations exceptionnelles, de grands raouts mondains ou des happenings historiques pour marquer le coup. Pas de nouveau jingle d'ouverture avant chaque séance, pas de nouvelle salle de conférence plus grande. Juste un beau sac (avis personnel, vous savez, les goûts et les couleurs), une grande salle supplémentaire, aux allures extérieures de Zénith parisien, baptisée justement salle du 60e, et ce film collectif (Chacun son cinéma), composé de petits segments de 3 minutes chacun réalisés par de grands noms du 7e art. Au début de chaque projection, le public a droit à l'un de ces courts métrages (il paraît qu'on a pu voir l'ensemble à la télévision et que le DVD est d'ores et déjà en vente). Si le segment signé Gus Van Sant déçoit et celui de Claude Lelouch irrite, force est d'admettre que nombre d'entre-eux remplissent la commande avec panache, style, humour, gravité, talent. Ainsi, un grand coup de coeur pour le Morreti, qui, comme Lelouch, joue la mégalomanie en se mettant en scène dans diverses salles obscures, mais avec en plus ce sens de l'anecdote et un beau discours sur l'idée de transmission, de partage, d'échange d'une passion. Dans la même idée de transmission et de partage, mais traités de manière complètement différentes, le Zhang Yimou, qui raconte la visite d'un cinéma itinérant dans un village reculé et enthousiaste, ou encore celui des frères Coen, où un guichetier de cinéma d'art et d'essai conseille un bouseux sur le cinéma d'auteur, à savoir, Les Climats, de Nuri Bilge Ceylan. Exercice difficile que de mettre en image et en histoire sa propre idée du cinéma en quelques minutes. Un exercice auquel chacun d'entre-nous pourrait se prêter.

En attendant le palmarès demain soir, Cannes semble s'être vidé de moitié. On ne se bouscule plus aux conférences de presse (Kusturica, Kawaze et Arcand aujourd'hui) ni à la salle de presse, où plusieurs postes d'ordinateurs restent libres. Les journalistes qui planchent encore luttent pour ne pas piquer du nez devant leur écran, quand d'autres lâchent prise et s'affalent sur les banquettes du club de la presse (où on a une vue sur le port, le photocall et la salle du 60e) pour sombrer sans complexe dans les bras de Morphée. Après le passage d'un orage, les terrasses des cafés aux abords du Palais sont à nouveau prises d'assaut, et les badauds arpentent nonchalamment la Croisette. Les dernières fêtes se sont achevées cette nuit. il en reste encore quelques unes ce soir, mais peu paraissent motivés. Peut-être un petit tour à l'incontournable Petit Majestic suffirait pour clore tranquillement cette quinzaine.

 

"Quand tu pisses dans ton froc, tu n'as pas chaud bien longtemps."


Robert Duvall dans We own the night (La nuit nous appartient), dont la scène d'embuscade autoroutière risque de faire couler beaucoup d'encre, tant elle impressionne par son intensité et sa maîtrise. Injustement sifflé à l'issue de la projection presse, le 3e long métrage de James Gray divise profondément la critique. Trop classique, trop limpide, d'un côté, tragédie crépusculaire et mélancolique d'une intelligence rare de l'autre, ce film touche par les relations familiales qui parcourent l'oeuvre du réalisateur, de Little Odessa à We own the night, en passant par The Yards (déjà sifflé à Cannes). We own the night raconte l'histoire du gérant d'une boîte de nuit hyper hype partagé entre sa soif de pouvoir pour laquelle il doit composer avec ses patrons, pontes de la mafia russe new-yorkaise et sa famille appartenant à la NYPD. Ou comment trouver sa place, comment choisir son camp de manière radicale dans un monde qui ne montre aucune pitié pour les faibles et les vélléitaires. Ou encore, l'histoire d'un engagement.

Cette année, la sélection officielle propose nombre de films traitant cette thématique : trouver, ou du moins, chercher sa place. Il en va de même dans le dernier Fatih Akin, qui interroge la place de la Turquie dans l'Europe, partagée entre montée de l'intégrisme et laïcité, ouverture et repli sur soi, ou encore dans Import/Export de l'Autrichien Ulrich Seidl, où une Ukrainienne cherche son nid en Autriche tandis qu'un zonard autrichien part se perdre en Ukraine. Trouver sa place, toujours, avec Persepolis de Marjane Satrapi, récit autobiographique d'une Iranienne ayant vécu la Revolution, les milices, l'exil en Autriche et portant un regard distancié et plein d'humour sur la mutation de son pays.

Cette 60e édition marque un retour à la nostalgie, aux sentiments véritables et profonds quand l'an passé on nous servait du sexe, encore du sexe, rien que du sexe. Amour au sens noble et douloureux du terme chez Breillat comme chez Gray (amour fraternel), chez Sokourov (amour de la mère patrie pour ses soldats perdus au front) ou encore chez Wong Kar Wai, qui filme une véritable rencontre, là où ses précédents films s'achevaient sur un échec. Et la douleur inhérente à la perte ou à l'absence de l'être cher : chez Reygadas, chez Nadjari, chez Zviaguintsev, chez Winterbottom, chez Akin, chez Honoré, ou encore chez Lee Chang-dong, les personnages se démènent face au deuil. De haute facture, les films en lice pour la Palme d'or se font écho. Dans ce bon millésime, aucun véritable favori, aucun grand coup de coeur, mais hormis quelques intrus qui semblent avoir usurpé leur place en compétition, il reste difficle d'établir un pronostic sûr. Rien ne vous empêche de faire vos jeux. Verdict, demain.

 

Et si la Palme revenait finalment à un film d'animation ? A savoir Persepolis de Marjane Satrapi... A l'approche de la fin du festival, aucune rumeur ne circule, aucun favori ne se démarque véritablement... En revanche, on verrait bien, de notre côté, un prix d'interprétation pour Amalric et un prix d'interprétation féminine pour le Sokourov, le Akin ou encore le Mungiu... Et la mise en scène ? Pour Béla Tarr qui invente le thriller soporifique ? Ou son clone Reygadas ? Ou Tarantino ? Non, trop facile. Idem pour Wong Kar Wai, qu'on a déjà oublié. A moins que la Palme ne revienne aux Coen. Bref, on n'en sait rien... Et pour le moment, on s'en tape.

En attendant le James Gray, le Breillat (qui m'énerve d'avance) et le Kawase, Contrechamp à Cannes a rencontré hier Abel Ferrara pour sa comédie injustement et scandaleusement présentée hors compétition. Sur le mode midinette, elle n'en revenait pas de s'être fait baiser la main à l'issue de cette interview concédée in extremis par le maître, qui, en fin de journée, n'en pouvait plus de recevoir les journalistes sur la plage Gray d'Albion, et ne rêvait que de piquer une tête dans la mer, histoire de mouiller une bonne fois pour toutes sa chemise à 1000 dollars (sic).

L'interview filmée sera bientôt disponible sur Contrechamp à Cannes, blog de Trois couleurs. Mais sinon, puisqu'ils ont besoin de pub au point d'aller spammer divers blogs ciné, vous pouvez toujours aller du côté de VSD où leur envoyé spécial (un de ceux qu'affectionne Roman Polanski) vous racontera sa première expérience ciné avec Béla Tarr. Passionnant, vraiment.

Revue de presse

 

Tous les matins, aux abords des Marches, en allant à la séance de 8h30, petit rendez-vous, petit rituel. Un vendeur à la criée (le même depuis des années, on se reconnaît, on se salue, on se souhaiteunebonne journée...) propose aux festivaliers de demander Libé. C'est l'occasion de voir ce que les confrères ont vu et ce qu'ils en ont pensé. On se rassure quand on partage leur avis, on fulmine quand leur critique se situe à l'opposé de la nôtre. A l'intérieur, en attendant l'extinction des feux, les journaux de tous bords et de toutes nationalités se déploient. Parmi eux, l'édition quotidienne du Film français, avec en fin de numéro ce petit jeu de quotation : un smiley faisant la moue quand le film est imbitable, une palme quand il mérite la récompense suprême, et entre ces deux extrêmes, des étoiles...

 

La question commence à effleurer les lèvres : a-t-on vu passer la Palme ? Eh bien, figurez-vous que peut-être bien que oui. Ce matin, projection presse du Julian Schnabel, le Scaphandre et le papillon. Distribution irréprochable, Mathieu Amalric en tête (prix d'interprétation pour cet acteur qui livre un large panel d'émotions à travers son corps, son visage et surtout  sa voix, off) entouré des ravissantes et non moins talentueuses Marie-Josée Croze, Anne Consigny, Olatz Lopez Garmendia, s'adressant laplupart du temps à la caméra en guise de partenaire... Tiré du roman de Jean-Dominique Bauby, rédacteur en chef de Elle, paralysé à vie, qu'il a dicté en clignant de son dernier oeil valide, le film fait immanquabletment penser à Johnny got his gun, mais se démarque assez rapidement de son aîné en multipliant les points de vue en sus de celui du personnage principal, et surtout, en retranscrivant à merveille l'humour quelque peu cynique de celui que tous appelaient Jean-Do, évitant ainsi de cantonner le film à une pleurnicherie de plus sur le malheur de l'homme. Véritable leçon d'humanité et d'amour au sens noble du terme, celui pour son prochain, le film développe l'idée du sacerdoce que constitue le métier du personnel accompagnant le patient et les relations que tous ceux qui l'entourent parviennent à tisser avec lui. Poésie exprimée par l'imagination et la mémoire de Jean-Do, tout ce qu'il lui reste, le film offre des plans magnifiques, bien que parfois à la lisière de la dérive clipesque, et diversifie son propos en utilisant avec parcimonie les flashes-back.

 

 (Julian Schnabel et Marie-Josée Croze)

 

Bref, tous les ingrédients pour séduire la critique, le jury et le public. Ce serait facile de décerner la Palme à un tel film, mais certainement pas honteux ni scandaleux. Il reste néanmoins des pointures  à venir, comme Sokurov, Tarr ou encore le très attendu Gray. A suivre.

 

(Mathieu Amalric immortalisant les journalistes en début de conférence de presse. Anne Consigny a elle aussi pris l'assistance en photo. Je lui ai assuré qu'elle serait belle, la photo, ce à quoi elle a répondu qu'elle me l'enverrait. J'aurais du rebondir par un "chiche" ou dégainer une carte de visite...).

 

Emmanuelle Seigner. 

Petit quizz facile : qui peut-on reconnaître sur la photo de famille ci-dessous ? (Pour la voir en plus grand, cliquer ici)

Petite migration en salle Bunuel plutôt que dans la minuscule salle habituelle pour une conférence de presse exceptionnelle. Gilles Jacob a réuni pour cette 60e édition quelques grands noms du cinéma mondial qui ont participé à l'histoire du festival de Cannes. L'occasion de voir notamment Michael Cimino, les frères Coen et Dardenne, David Cronenberg, Takeshi Kitano, Wong Kar Wai, Tsai Ming Liang, Gus Van Sant, Wim Wenders, Manoel de Oliveira, Raymond Depardon, etc. Hélas, pas une seule question passionnante, bien au contraire. Les journalistes ayant pris la parole semblent débarquer sur la Croisette sans avoir révisé leur manuel d'histoire du festival ("pourquoi n'y-a-t'il pas de films arabes sélectionnés à Cannes ?", demande une journaliste égyptienne qui a sans doute oublié les Youssef Chahine, Elia Suleiman et autres Abbas Kiarostami), paraissent ne s'intéresser qu'au féminisme de base ("Jane Campion, vous êtes la seule femme parmi tous ces hommes, ne vous sentez-vous pas un peu seule et ne trouvez-vous pas cela un peu machiste ?") au détriment du cinéma lui-même... Isabelle Giordano, pour une fois, se montre pro en recadrant les questions et en évacuant celles qui s'adressent davantage à Thierry Frémaux ou à Gilles Jacob, et en rappelant à l'ordre une "journalite chinoise" qui pose 50 questions toutes aussi insipides les unes que les autres. Finalement, Roman Polanski, qui peu de temps avant se lançait dans un mini-débat avec Atom Egoyan, prend à nouveau la parole pour proposer qu'on écourte cette conférence ennuyeuse, mettant le doigt sur l'inanité des questions posées. Il conclut en se levant et en quittant seul la salle, sous quelques sifflets (j'aurais bien applaudi sa sortie, mais je faisais partie des journalistes visés dans leur ensemble) après avoir lancé une dernière réplique : "Allons manger !"

Et toujours d'autres photos sur le blog de

.Contrechamp.à.Cannes. 

Passage éclair de Leonardo Di Caprio hier.

 

 

Retard dans les textes, on enchaine les projections, les conferences de presse et une premiere fete hier soir, pour l ouverture de la Quinzaine des realisateurs... Demain, on devrait etre a jour (et taper sur un clavier français)...

 

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