.Tous.au.cinéclub.
Allez, un peu de pub ne fait pas de mal.
Malgré les grèves qui n'en finissent pas de se succéder et de cocher les mêmes dates que celles du calendrier de Contrechamp, tout esthète amateur de bonnes images et de bonne musique se rendra au Studio des Ursulines le jeudi 20 décembre à 20h30 (re)voir The Party de Blake Edwards, projection suivie d'un concert exceptionnel des Love Bandits (pour en savoir plus, ask Google ou myspace).
Toutes les infos ici.
.Tellurisme.
.Mono.[Locomotive.Paris.05.12.2K7].
Sur scène, quatre pantins silencieux se sont installés, auréolés de la discrétion des rêves. Une poupée diaphane vêtue d’une courte robe et de bottes fines, dont la frange masque le regard éteint dirigé sur les quatre cordes de sa basse, glisse jusque sa position centrale et campe sur ses jambes légèrement écartées, flanquée de deux grands échalas prostrés sur leur guitare et leur tabouret. Une promesse d’immobilité qu’ils ne tiendront pas. Dans la fosse, la rumeur des conversations couvre les premières notes, légères comme la brise. Effleurées, les cordes vibrent timidement et susurrent tandis que le batteur, en retrait, attend son heure en se faisant oublier.
Pour celles et ceux qui s’étaient déplacés ce soir-là à la Loco pour headbanger sur les riffs acérés de High on Fire ou pour constater la technicité de Pelican, et qui ne connaissent pas Mono, la perplexité et le doute comptent parmi les premières impressions. Il faut laisser le temps au quatuor de gagner l’attention de son auditoire. Quelques minutes s’écoulent au rythme limpide de cette longue introduction d’où l’on commence à percevoir les subtilités mélodiques qui s’enchevêtrent. L’ensemble se confond dans une nappe qu’on dirait cristalline. Emerge alors de l’ensemble un arpège d’une fraîcheur à peine perceptible. Il s’installe et s’impose au-dessus de la première couche sonore. Remplit l’espace tandis que les cymbales sifflent. Fait rebondir ses petites notes dans les coins. S’immisce dans les esprits et tend sa main. Prend la vôtre et vous entraîne à pas feutrés vers l’inconnu. Un inconnu bordé de paysages immobiles qui peuvent être enneigés, forestiers ou désertiques. Vous callez vos pas sur la rémanence des traces qu’il laisse. Car la route empruntée reste à tracer. Nulle balise. C’est un océan étal qui s’étend à perte de vue. Et la confiance est de mise. La certitude de ne pas se perdre. Vous vous laissez aller. Presque à la dérive.
Les corps peuvent commencer à onduler, sobrement, comme des cyprès ballottés par le vent mais obstinément rivés à leurs racines séculaires. Vous perdez la notion du temps, envoûté par les boucles, la répétition des cycles. Le concert semble avoir débuté il y a de cela une éternité et l’horizon reste invisible. Les musiciens se tortillent lentement sans se déplacer. Comme hypnotisés par leur propre musique, ils entrent dans une paisible transe.
Soudain, sans avertissement, sans transition : l’explosion, la déflagration, l’irruption. Les rafales s’engouffrent dans les moindres interstices de votre cerveau, abattent les arbres, démontent la mer et défigurent les montagnes. La terre tremble et se dérobe sous vos pieds, les paysages dans votre esprit se succèdent et s’entrelacent dans un tourbillon de lave qui ensevelit tout sur son passage. Les musiciens fusionnent avec leur instrument pour ne faire qu’un. Tandis que la poupée ondule de plus belle, langoureusement, ses trois compagnons se convulsent et se recroquevillent, comme possédés par une force tellurique qui les dépasse. Un tabouret tombe à la renverse. L’homme s’affale tout en continuant à arracher de ses six cordes des hurlements gutturaux lacérés par un furieux larsen. Il se redresse presque aussitôt pour entamer une danse ondulatoire verticale, à la manière d’un serpent qui méduse son reflet pour mieux se dévorer au rythme des percussions tribales. Le morceau se déverse dans la salle, déferle sur le public. Happé, vous fermez les yeux et vous vous abandonnez davantage, convaincu que la seule issue reste la sédition. Lorsque pétrifié, vous les rouvrez, c’est pour mieux distinguer l’énergie déchirante qui émane de ces quatre créatures et qui transfigure tous vos sens à l’envi.
Telles sont les sensations que procure un concert des Japonais de Mono. Au-delà du rock, du post-rock ou de toute autre étiquette, leur musique qui mêle mélodies mélancoliques et cataclysmes soniques relève davantage de la symphonie sismique qui se passe de mots. Une expérience sensorielle qui renvoie chaque auditeur, chaque spectateur, à sa propre représentation de l'apocalypse. Ce soir-là, je me suis laissé engloutir par le déluge pour mieux caresser l’infini.








