Hier soir, dans les hauteurs de Cannes. Une célèbre villa avec piscine et jardin offre l'une des vues les plus saisissantes sur la Croistte. On y va en navette, en taxi, en voiture officielle ou à pied, selon son degré de débrouillardise. Libé y reçoit, tranquillement, presque intimement. Un bar dans un coin, une sono dans un autre. On y croise des signatures du journal indépendant (sic), comme se plaît à le hurler à intervalles réguliers l'un des convives, des sélectionneurs qui ne lâcheront aucune info sur le palmarès, quelques critiques de divers médias. Microcosme.

Quelque peu groggy après plusieurs jours à ne dormir qu'une poignée d'heures par nuit, mais apaisés, les quelque dizaines de festivaliers présents échangent leurs vues, dressent un bilan, établissent des pronostics, défendent leurs coups de coeur, presque à voix basse, calmement. On en profite pour mettre des visages sur certains noms, entamer des débats, sans trop y croire.

La température de l'eau se montre tentante. Au bout de quelques minutes, quelques ombres se dévêtissent et piquent une tête, sous les regards complices ou amusés. Plongée dans les pages du Glamorama de Brett Easton Ellis, J. montre l'exemple en apparaissant avec une serviette sous le bras et en revêtant l'habit d'Adam. A peine le temps de s'en rendre compte, il effectue déjà des longueurs avec la nonchalance qui sied à ce genre d'initiative. Quelque temps plus tard, un ami lui passant un coup de fil le trouve au fond de son lit. Plus tard encore, le revoilà comme s'il n'avait jamais quitté la soirée. Près de la sono, les danseurs deviennent translucides ou juste opaques, selon l'angle des lumières, se transforment en ombres sur les notes de Heart of glass, clin d'oeil à la Palme d'or du coeur de nombre de fantômes présents, We own the night de James Gray, où l'on entend cette chanson dans la scène d'ouverture. Avec un titre et une bande son pareils, cette tragédie ne pouvait que leur plaire, puisque pendant 15 jours, et pour encore quelques heures, la nuit leur appartient.