.60e.Festival.de.Cannes.[7].
Revue de presse
Tous les matins, aux abords des Marches, en allant à la séance de 8h30, petit rendez-vous, petit rituel. Un vendeur à la criée (le même depuis des années, on se reconnaît, on se salue, on se souhaiteunebonne journée...) propose aux festivaliers de demander Libé. C'est l'occasion de voir ce que les confrères ont vu et ce qu'ils en ont pensé. On se rassure quand on partage leur avis, on fulmine quand leur critique se situe à l'opposé de la nôtre. A l'intérieur, en attendant l'extinction des feux, les journaux de tous bords et de toutes nationalités se déploient. Parmi eux, l'édition quotidienne du Film français, avec en fin de numéro ce petit jeu de quotation : un smiley faisant la moue quand le film est imbitable, une palme quand il mérite la récompense suprême, et entre ces deux extrêmes, des étoiles...
La question commence à effleurer les lèvres : a-t-on vu passer la Palme ? Eh bien, figurez-vous que peut-être bien que oui. Ce matin, projection presse du Julian Schnabel, le Scaphandre et le papillon. Distribution irréprochable, Mathieu Amalric en tête (prix d'interprétation pour cet acteur qui livre un large panel d'émotions à travers son corps, son visage et surtout sa voix, off) entouré des ravissantes et non moins talentueuses Marie-Josée Croze, Anne Consigny, Olatz Lopez Garmendia, s'adressant laplupart du temps à la caméra en guise de partenaire... Tiré du roman de Jean-Dominique Bauby, rédacteur en chef de Elle, paralysé à vie, qu'il a dicté en clignant de son dernier oeil valide, le film fait immanquabletment penser à Johnny got his gun, mais se démarque assez rapidement de son aîné en multipliant les points de vue en sus de celui du personnage principal, et surtout, en retranscrivant à merveille l'humour quelque peu cynique de celui que tous appelaient Jean-Do, évitant ainsi de cantonner le film à une pleurnicherie de plus sur le malheur de l'homme. Véritable leçon d'humanité et d'amour au sens noble du terme, celui pour son prochain, le film développe l'idée du sacerdoce que constitue le métier du personnel accompagnant le patient et les relations que tous ceux qui l'entourent parviennent à tisser avec lui. Poésie exprimée par l'imagination et la mémoire de Jean-Do, tout ce qu'il lui reste, le film offre des plans magnifiques, bien que parfois à la lisière de la dérive clipesque, et diversifie son propos en utilisant avec parcimonie les flashes-back.
(Julian Schnabel et Marie-Josée Croze)
Bref, tous les ingrédients pour séduire la critique, le jury et le public. Ce serait facile de décerner la Palme à un tel film, mais certainement pas honteux ni scandaleux. Il reste néanmoins des pointures à venir, comme Sokurov, Tarr ou encore le très attendu Gray. A suivre.
(Mathieu Amalric immortalisant les journalistes en début de conférence de presse. Anne Consigny a elle aussi pris l'assistance en photo. Je lui ai assuré qu'elle serait belle, la photo, ce à quoi elle a répondu qu'elle me l'enverrait. J'aurais du rebondir par un "chiche" ou dégainer une carte de visite...).
Emmanuelle Seigner.









Commentaires
Et pas de pitreries de Didier cette année ??
Pour sûr, il fallait tendre la perche à la gracieuse et délicate Anne Consigny...
Encore une belle occasion râtée Mo.