Les photographes ont trop tendance à se croire à l'abri derrière leur objectif. Lorsque vous montez les Marches pour une projection officielle, outre le grand carnaval des quidam vivant leur quart-d'heure de célébrité warholien, on peut, une fois installé au balcon ou dans l'orchestre, assister paisiblement à la retransmission de la montée sur l'écran. Entre deux grappes de stars et quelques créatures anonymes repérées par les cadreurs, quelques plans sur les photographes. Hier soir, à la projection de 22h30 d'Agora, de Alejandro Amenabar, le grand Théâtre Lumière aura éclaté de rire à la vue, dans le même plan, d'un photographe se décrottant le nez, un autre regardant paresseusement l'heure à sa montre, tandis qu'un troisième baillait à gorge déployée. Comment les chasseurs d'images peuvent devenir les proies.