Andrea Arnold, à la conférence de presse post-palmarès.

 

 

"Vivement que ça se termine, mais pourvu que ça dure." En une phrase, Isabelle Huppert, la présidente du jury de cette 62e édition du Festival de Cannes aura tout résumé : en presque deux semaines, ce rendez-vous du 7e Art, l'un des plus importants, des plus prestigieux, des plus glamour de la planète cinéma, entraîne le festivalier dans un vortex aux multiples paradoxes. Enfermé dans une bulle spatio-temporelle, où les jours se suivent et se ressemblent, avec leurs petits rituels (pour nous, projection à partir de 8h30, conférences de presse, recherche attentive du cliché du jour, rédaction des papiers, projections, et, si l'occasion et l'envie s'en mêlent, soirée) et où une petite station balnéaire se transforme en centre du monde, autour duquel plus rien n'a d'importance, on en veut toujours plus, mais la fatigue et la boulimie visuelle aidant, on se demande toujours quand tout cela prendra fin. Et quand le rideau tombe, que la ville reprend ses droits, que la faune change de visage, que les barbares plient bagage, et qu'on se retrouve seul à errer encore un jour sur la Croisette sans tapis rouge, on se prend à constater qu’on n’est plus qu’un fantôme venant à la rencontre des images, une fois passé le pont. Les souvenirs se bousculent et s'entrechoquent, et on pense déjà à la prochaine saison.



Robin Wright-Penn

 

James Gray, particulièrement taiseux et langue-de-bois lors de la conférence de presse qu'a accordée le jury. Un silence qui peut en dire long sur les dissensions entre jurés dont les couloirs parlent.

Jacques Audiard, l'un des grands favoris. A une question d'un journaliste lui demandant s'il n'était pas déçu de ne pas repartir avec la Palme, il répond : "pourquoi, ce n'est pas bien, le prix que j'ai reçu ?"

 

Park Chan-wook, l'une des surprises du palmarès.

 

Mais revenons au palmarès, dans lequel figurent de nombreux coups de cœur de la rédaction. De quoi se réjouir de ce millésime 2009, comparé à une palme prévisible et consensuelle décernée l’année précédente à Entre les murs. N'en déplaise aux mauvaises langues qui ne se priveront pas de crier au favoritisme, on salue le bon goût et le courage d'Isabelle Huppert. Son palmarès semble à l'image de sa personnalité : sans concession, exigeant, sans compromis et non dénué de nuances qu’on s’amusera à décrypter à l’envi. Ce palmarès suscitera peut-être l’envie chez de nombreux festivaliers (dont des journalistes clairement désarmés, de leur propre aveu, face à la puissance d’un cinéma qui échappe à leurs perceptions, si ils ne les abordent pas avec un minimum de culture, d’ouverture d’esprit et d’intelligence) passés complètement à côté des films les plus exigeants et les plus novateurs de la compétition de retourner les voir en salle, à tête reposée, avec un cerveau neuf. Car là réside la magie de Cannes, et Isabelle Huppert a pleinement joué la carte de la cohérence avec cette magie : ne pas céder à la facilité, ni aux influences, ni à la vox populi. Mais honorer par le jeu des récompenses des cinéastes qui respectent et aiment le cinéma avec un grand C, qui ne s’enferment pas dans leur propre système (Loach, Almodovar, Tarantino), qui ne caressent pas le spectateur dans le sens du poil (Giannoli, Loach, encore) et qui continuent à explorer et à expérimenter un art inépuisable. Ici, nous n’avons que faire du lien affectif et artistique que d’aucuns ne peuvent s’empêcher de faire entre la présidente et le grand vainqueur. Si Huppert avait remporté le prix d’interprétation pour La Pianiste, de Michael Haneke, ce dernier n’en mérite pas moins sa Palme d’Or, pour son meilleur film à ce jour. On reconnaît les grands réalisateurs à leur capacité à se renouveler sans s’éloigner de leur credo, de leur foi en leur art. Haneke compte parmi ces auteurs, et chacun de ses films s’accompagne d’une attente fébrile, d’une curiosité empreinte de frilosité suspicieuse. On sait le cinéaste Autrichien soucieux de chahuter le spectateur, souvent en usant de la provocation pour mieux le renvoyer face à ses responsabilités. Avec Le Ruban blanc, il prend à revers les attentes, et livre une œuvre somme et originelle à la fois, austère mais puissante. Ici, pas de sexe trash, pas de massacre de famille, pas de suicide surprise à coups de jugulaire tranchée. Si violence il y a, elle ne se manifeste jamais explicitement à l’écran. Au contraire, elle rôde, s’immisce, plane : hors-champ, dans les ellipses, mais surtout, dans les dialogues et dans les rapports de hiérarchie qu’entretiennent les personnages, au sein d’un couple, d’une famille, d’une communauté, d’un village. Sous les paisibles apparences, le film dévoile des histoires de jalousie, d’inceste, d’humiliation, de frustration, de colère et de honte qui instillent une tension constante durant près de 2h30 et transforment la moindre requête d’un enfant auprès de son père pour garder l’oiseau blessé qu’il vient de recueillir en un supplice, une séance de torture où la peur de l’autorité castratrice écrase toute velléité d’émancipation et de liberté d’expression. S’il devait un jour remporter la Palme d’Or, c’était bien pour ce film.

 

Asia Argento

 

Au rayon des surprises, on s’étonne de voir Lou Ye primé pour son scénario quand son film brille avant tout par sa mise en scène. Filmés alternativement avec une certaine distance, à la limite de l’espionnage pudique, puis au plus près de l’intimité des corps, les protagonistes de Nuits d’ivresse printanière livrent cependant à la caméra, portée tout au long du film, une vérité qui leur échappe, même au moment de la jouissance : une profonde solitude, une insoluble difficulté à errer, à flotter dans une vie rythmée par les murs que les relations amoureuses dressent sur leur chemin sans destination. Et lorsqu’ils ne finissent pas par se perdre, dans les bras de l’autre, dans les clubs interlopes, dans la mort elle-même, ils disparaissent littéralement sans laisser de trace, hormis l’épaisseur de leur souffrance. Ce que filme avec une puissance poétique Lou Ye, c’est cette cruauté des sentiments. Un homme marié entame une relation avec un jeune clubber sans attache, tandis que le détective amateur que l’épouse suspicieuse engage se rapproche de sa cible avant d’entraîner sa propre petite amie dans une escapade à trois dont aucun ne sortira indemne. Servi par la magnifique musique de Peyman Yazdanian, par la photographie réaliste, proche du documentaire, de Zeng Jian, aux teintes crépusculaires, voire délétères, le film prend à la gorge et au corps le spectateur dès les premières séquences, le plongeant dans le marasme dans lequel baignent et s’enfoncent les personnages, pour offrir parfois de purs instants de grâce mélancolique, comme dans cette scène de karaoké, où il n’est plus question de sexualité, de guerre des genres, mais d’amour, au sens le plus pur. Car Lou Ye maîtrise l’art de l’oubli : devant sa caméra, ses personnages s’y plongent pour mieux se livrer. A l’instar des extraits d’un roman de Yu Dafu, le film se pare d’une certaine poésie sans artifice, qui parle de l’intérieur et s’adresse à notre intérieur. Pour peu qu’on le laisse pénétrer, on en ressort avec le goût amer de sa propre solitude mais avec la certitude d’avoir vu un petit bijou de vérité. Etonnant donc, face à une telle maestria formelle, de voir ce film auréolé du prix du scénario plutôt que de celui de la mise en scène, quand d’autres sélectionnés pouvaient largement prétendre à ce prix : on pense aux Etreintes brisées de l’éternel frustré du festival, Pedro Almodovar, au Prophète de Jacques Audiard, grand favori au titre suprême selon nombre de festivaliers, qui repart cependant avec le Grand Prix, soit la Palme d’honneur. Là encore, refus de la facilité de la part de la présidente. Bravo à elle, et à Audiard, qui se place parmi les réalisateurs les plus passionnants du moment, et dieu sait si le cinéma français en a besoin, gavé qu’il est de comédies populaires dégoulinantes de bêtise et de drames pseudo-narcissico-intellos nombrilistes signés par des réalisateurs qui se regardent filmer.

L'équipe de Lou Ye.

 

Autre surprise, le double prix du jury, attribué à deux pans radicalement opposés du cinéma : à ma gauche, Fish Tank, d’Andrea Arnold, ou le passionnant portrait d’une ado rebelle et désœuvrée, amoureuse de l’amant de sa mère. A ma droite, Thirst (Ceci est mon sang), de Park Chan-wook, ou les amours terribles d’un couple de vampires, dont l’un est dans le civil serviteur de dieu, mis en scène avec toute l’exubérance inventive du réalisateur Coréen du génial Old Boy. Ce prix ex aequo semble refléter les divergences qui ont du animer le jury et réconcilier les goûts des uns et des autres.

Charlotte Gainsbourg

Christophe Waltz, en colonel SS polyglotte, véritable révélation du Tarantino.

 

Au rayon des interprètes, la concurrence se voulait sévère cette année. Les actrices tenaient la dragée haute, et nombre d’entre elles ont impressionné par leur performance. Kim Ok-vin, tour à tour esclave, femme fatale, femme soumise, fragile comme une princesse et dangereuse comme une goule, dans Thirst ; Giovanna Mezzogiorno, seule contre tous dans Vincere de Marco Bellocchio, belle et digne dans sa lutte contre tout un système politique et social, fière jusqu’à la folie et la mort ; Katie Jarvis, ado rebelle qui porte sur ses épaules Fish Tank, ou encore Penelope Cruz, qui tient l’un de ses meilleurs rôles, dans Etreintes brisées. Mais celle qui, un peu logiquement, aura éclipsé toutes les autres, reste Charlotte Gainsbourg. Impressionnante dans l’Antichrist de Lars Von Trier, film le plus polémique de la sélection (avec Enter the void de Gaspar Noe, autre grand absent du palmarès), livrant à l’écran une performance d’une violence rare, se mettant à nu, violentant son sexe, au propre comme au figuré. Un rôle de mère en deuil de son enfant, sombrant dans la folie de la culpabilité, à l’opposé de la personnalité de l’actrice, toute en douceur. Ce prix, elle a tenu à le partager avec son partenaire à l’écran, tout aussi inoubliable, Willem Dafoe, qui ne repartira pas avec le prix d’interprétation, celui-ci revenant à l’acteur providentiel qui sauve les Inglourious basterds de Quentin Tarantino : Christophe Waltz. Véritable révélation du film et surprenant rôle principal, le colonel SS chasseur de juifs qui se distingue par un flegme très british, un sourire taquin, un regard goguenard et une parfaite connaissance des langes étrangères, constitue la seule nouveauté dans le système tarantinien qui aura conquis les fans aveugles et déçu les plus sceptiques. Quand on sait que cet acteur, qui s’est illustré surtout sur petit écran, notamment chez Derrick, avait quelque peu perdu la foi, on remercie Tarantino de lui avoir fait se rapprocher à nouveau de sa vocation et le jury de l’avoir encouragé dans ce sens. Tant pis pour Tahar Rahim, la révélation d’Un prophète.

Le brillant Mendoza.

 

Quand on sait que nombre de spectateurs ne connaissent pas Alain Resnais et qu’ils sont restés perplexes face à sa truculente et succulente comédie que sont ses Herbes folles, on se dit que le Prix exceptionnel qu’a tenu à créer spécialement à son attention Isabelle Huppert relève autant de la nécessité que de l’exception. Un hommage incontournable.

Shu Qi, la caution sexy d'un jury qui ne laissera rien vraiment filtrer des débats qu'on suppose houleux.

 

Tout en nuances et en cohérence, ce palmarès se lit avec l’enthousiasme que nous avons ressenti durant ce 62e festival. Chaque lauréat semble à sa place, spécialement Haneke, et le meilleur pour la fin : notre coup de cœur, qui remporte judicieusement le prix de la mise en scène. Avec un titre plus qu’explicite (kinatay signifie massacre), on pourrait taxer Brillante Mendoza de complaisance. Ce serait là une erreur, car le film se veut plutôt une manifestation de la nécessité qui motive le réalisateur Philippin lorsqu’il livre une interminable mais magistrale séquence centrale qui relève presque du cinéma expérimental tel qu’on peut le trouver, toute proportion gardée, dans l’univers de Gandrieux. Plongée dans l’obscurité qui devance l’horreur, l’image s’étire dans le temps et s’accouple à une bande-son électro-acoustique morbide, lui cédant par intermittence tout l’espace. La caméra embarquée dans un van qui file avec une lenteur tropicale au gré du trafic routier saturé de Manille suggère plus qu’elle ne montre le drame qui se met en place, pratiquement en temps réel : l’enlèvement punitif d’une prostituée par un gang qui fait les gros titres par ses méthodes sanguinaires. Tout comme cet élève flic un peu naïf participant à la mission, Mendoza prend le spectateur en otage, referme son piège, celui de la violence qui sourd pour mieux surgir, brusquement, sans que l’on ose franchement s’y attendre, par refus d’y croire. Effet garanti. Par tout refus d’esthétisation de la violence de l’exécution (dans un abattoir au-dehors de la ville, les malfrats violent, saignent à blanc, puis découpent leur victime, avant d’éparpiller sur le chemin du retour les morceaux de son corps), Mendoza dénonce le sentiment d’impuissance auquel on peut s’habituer si facilement grâce à une distanciation banalisée. De l’extérieur vers l’intérieur. Telle est la leçon dispensée par un des professeurs de Peping, le jeune apprenti flic, lorsqu’il enseigne les méthodes d’investigation. Kinatay applique la leçon. La première partie du film le montre dans son univers quotidien : en famille, dans son école, son petit monde ordinaire. Cette partie, saturée de la lumière du jour, contraste avec le parti pris esthétique adopté dans les séquences nocturnes, où la caméra avance à tâtons. Jusque sa rencontre avec le gang et cette lente immersion dans l’horreur. Et lorsqu’au petit matin, à l’heure où les tueurs s’arrêtent pour prendre le petit-déjeuner, une fois le dernier sac poubelle balancé, la lumière ne réinvestit pas tout à fait l’écran, le soleil commence à peine à darder ses premiers rayons. La ville s’anime dans le brouhaha des voitures, mais on n’aura pas retrouvé pas pour autant son souffle. Au final, on ressort de ce film comme d’un cauchemar fiévreux : en sueur, hors d’haleine, pâteux, sali. Poursuivi. Et c’est un peu dans le même état qu’on quitte la Croisette, poursuivi par un souvenir prégnant, celui de ce film dont la mise en scène épouse avec une intelligence rare le propos, un film qui a présenté au public la plus excitante des propositions de cinéma, sans concession. Un trip dont on ne redescend pas encore.

 

 

 

Haneke palmé ? Lou Ye et Brillante Mendoza rappelés, et donc présents au palmarès ? Lars Von Trier en embuscade ? Les rumeurs enflent, les sources deviennent de plus en plus sûres, l'agitation a sorti le palais de sa torpeur dominicale, on s'affaire, on pare les couloirs du "bunker" de mille feux, on déroule un tapis rouge tout neuf, tandis que ça fuse sur la Toile, les statuts facebook n'en finissent pas d'être mis à jour... L'excitation monte...  Car si ces informations s'avèrent exactes, on pourra alors se réjouir de voir nos coups de coeur remporter la mise sur les mastodontes attendus. Fichtre, il n'est que 17h30...

 

Pour mémoire, notre pronostic du coeur : ici.

 

Une certaine torpeur règne dans le Palais des festivals. Nous avons vu tous les films en compétition (reste celui de clôture : les amours entre Coco Chanel et Igor Stravinsky, par Jan Kounen), et notre pronostic du coeur ne varie pas, après les séances d'hier et d'aujourd'hui. Ici, les rumeurs vont bon train, toutes aussi peu crédibles les unes que les autres. D'aucuns aimeraient voir le Audiard couronné, mais peu y croient : deux films français palmés deux années de suite, pas possible. Remarquez, à Cannes, il n'y a pas de règle, pas de logique. En attendant, les taupes sortent des salles obscures pour profiter du soleil, tandis que d'autres ont déjà bouclé leurs valises et les derniers, studieux ou taraudés par un sentiment de culpabilité, comblent leur retard dans la rédaction de leurs articles et autres critiques, au milieu d'une salle de presse détendue et à moitié désertée. Le Cannes après la tempête.

 

Hier, journée thématique au pays du Soleil Levant. Gaspar Noé et Isabel Coixet nous ont proposé deux visions radicalement opposées de Tokyo. Dans Map of the sounds of Tokyo, Coixet met en scène une femme, engagée par un riche industriel pour éliminer l'amant de sa fille, récemment suicidée, qui tombe amoureuse de sa cible. Une histoire d'amour impossible qui donne lieu à de très belles scènes érotiques dans un love hotel (Gaspar nous gratifie également  d'une longue séquence dans un love hotel, hautement plus trash) au décor inspiré de Paris.

Rinko Kikuchi.

Lost but not stranded yet, chantait un célèbre rockeur français ayant défrayé la chronique à l'issue d'un drame impliquant une non moins célèbre actrice. C'est un peu l'état d'esprit de ce vendredi 22 mai 2009, veille de la clôture du 62e Festival de Cannes. Sur les rotules, lessivés, groggy, mais encore investi de l'envie d'en voir davantage. On est là pour ça, après tout, non ? Alors qu'on s'apprête à aller découvrir le Gaspar Noe, Enter the void (Soudain le vide) et en attendant le Tsai Ming Liang (reste également le film d'Isabel Coixet), on peut raisonnablement livrer notre pronostic, celui du coeur, car bien malin celui qui parviendra à prédire quel film remportera la Palme. Pas de réel favori et des outsiders, renards des surfaces, prêts à créer la surprise. En parlant de renard, on aura vécu cette année une édition placée sous le signe de la ménagerie volubile, avec les chiens de Up (Là-haut), équipés de colliers traduisant leurs aboiements en langage humain, le bouc diabolique de Drag me to Hell (Jusqu'en enfer) de  Sam  Raimi, vociférant avant de mordre, enfin et surtout, le renard parlant de Lars Von Trier dont la réplique, lapidaire, sobre, épurée, hante encore la Croisette et résonnera encore longtemps : "Chaos reigns !"

voici donc notre pronostic du coeur, en attendant les trois derniers films en compétition :

Palme d'or : Kinatay, de Brillante Mendoza. Honnêtement, on n'y croit pas trop, mais c'est le film dont le souvenir reste le plus présent après cette boulimie de cinéma. Même si il décroche pas le titre suprême, on souhaite le voir figurer au palmarès. Les films susceptibles de  repartir avec le trophée sont, plus semblablement, Vincere, de Marco Bellocchio, le Ruban blanc, de Michael Haneke, ou encore Les Etreintes brisées, de Pedro Almodovar.

Grand prix : Le Ruban blanc, de Michael Haneke.

Prix du jury : Vincere, de Marco Bellocchio.

 

Prix d'interprétation féminine : Katie Jarvis, dans Fish Tank d'Andrea Arnold. Mais beaucoup de prétendantes, les actrices nous ayant particulièrement séduits cette année, par leur prestation : Charlotte Gainsbourg, tout en force, dans un rôle physique qui lui permet de pousser les limites de son corps ; Giovanna Mezzogiorno, dans le rôle de la femme illégitime du Duce, effacée de l'Histoire, et luttant pour exister.

 

Prix d'interprétation masculine : Tahar Rahim, dans Un prophète de Jacques Audiard.

 

Prix du scénario : Un prophète de Jacques Audiard.

 

Prix de la Mise en scène : Vengeance de Johnnie To.

 

 

 

Festival de Cannes, 7e jour. A mi-parcours, on dresse un premier bilan, d'où se dégagent des évidences. Les actrices nous en mettent plein la vue, de la violence du corps de Charlotte Gainsbourg chez Lars Von Trier (Antichrist) à la justesse de Giovanna Mezzogiorno, incarnant l'épouse illégitime de Mussolini dans l'excellent Vincere de Marco Bellocchio, vu hier, en passant par Katie Jarvis, l'ado rebelle du Fish Tank d'Andrea Arnold.

 

Du côté de la compétition, les habitués de la Croisette se contentent de nous livrer leur savoir-faire, sans réelle surprise : Almodovar nous fait du Almodovar, Loach nous sert du Loach... Quant à ceux qui ont tenté la prise de risque, comme Park Chan-Wook ou Lars Von Trier, ils échouent à signer une oeuvre aboutie et ne parviennent pas à rencontrer leur public (entre-nous, existe-t-il un public pour  Antichrist, hormis les poseurs snobinards de mauvaise foi et plus que suspects dans leur opinion, qui s'empresseront de le défendre pour mieux avoir le sentiment de briller en société et d'appartenir à une nouvelle espèce de visionnaires ?) ou à remporter l'adhésion. Il faut aller chercher du côté des outsiders pour goûter au sentiment de se trouver face à une véritable proposition de cinéma. Si Un prophète, de Jacques Audiard, reste, n'en déplaise à ses détracteurs, l'une des bonnes surprises de cette édition, il est cependant étonnant de voir son souvenir progressivement s'estomper au profit du seul choc cinématographique, à l'heure qu'il est :  Kinatay, de Brillante Mendoza. Un trip dans l'horreur qui relègue les provocations insignifiantes de Lars Von Trier au rang de farce fumeuse. Enfin, autre coup de coeur ici (et c'est sans snobisme aucun) que nous  défendons contre la majorité qui a détesté : le petit bijou de Johnnie  To, Vengeance.

62e Festival de Cannes

Les photographes ont trop tendance à se croire à l'abri derrière leur objectif. Lorsque vous montez les Marches pour une projection officielle, outre le grand carnaval des quidam vivant leur quart-d'heure de célébrité warholien, on peut, une fois installé au balcon ou dans l'orchestre, assister paisiblement à la retransmission de la montée sur l'écran. Entre deux grappes de stars et quelques créatures anonymes repérées par les cadreurs, quelques plans sur les photographes. Hier soir, à la projection de 22h30 d'Agora, de Alejandro Amenabar, le grand Théâtre Lumière aura éclaté de rire à la vue, dans le même plan, d'un photographe se décrottant le nez, un autre regardant paresseusement l'heure à sa montre, tandis qu'un troisième baillait à gorge déployée. Comment les chasseurs d'images peuvent devenir les proies.

 

 

Cannes, dimanche 25 mai 2008, 9h23. Intérieur jour. La pluie narquoise tapote délicatement le velux. Une routine, cette année. Des voix envahissent mon sommeil. « Ah, vous avez gardé le sac Che ». C’était vraiment un pique-nique à deux vitesses, celles et ceux qui ont assisté à la projo en salle Bazin n’ont eu droit qu’à un pauvre kit kat, les restes de ceux en Debussy, en somme.

Leur projet initial consistait à prendre un petit déjeuner, après une nuit blanche à écumer les soirées et autres clubs incontournables, dans une ville qui, sournoisement, reprend ses droits, les festivaliers ayant rejoint les cohortes vaporeuses de fantômes, et d’aller à la rediffusion de Two Lovers à 9h. Vous vous seriez endormis. Sans aucun doute, mais on n’aurait pas manqué la première séquence, à couper le souffle, et c’eut été beau de se réveiller par intermittence au milieu des images de ce film.

Arrivés dans l’appartement, ils se sont raconté leurs souvenirs. Un long plan séquence baigné dans les vapeurs cotonneuses du petit jour et des dernières cigarettes qu’on s’échange, dont la bande-son vous berce. T’as de belles photos ? Non, que du flou, une bonne idée de Cannes. Toi, en revanche, t’as fait de belles vidéos. Oui, une interview « Zabriskie Point » de Bégaudeau à la lueur d’une bougie, sur la plage, à la soirée Entre les murs, une rencontre fortuite avec Thomas de la Nouvelle star au Ball Room. Pour peu qu’il décroche la Palme. Thomas ? Non, le Cantet. Quels sont vos plus beaux souvenirs de cette édition ? Moi, c’est d’ordre sentimental. Moi, y en a plein, mais je me souviens de cette sortie de soirée : je déambule au petit matin sur la Croisette avec Louis G. Deux nénettes à bord d’une décapotable nous abordent. « Eh, les gars, grimpez, on vous emmène à la plage. » Nous avons passé une heure ou deux sur le sable, à faire tourner des bédos, en parlant de tout et de rien, puis on s’est salué. C’était beau… Et votre pire souvenir ? Sans hésitation, cette nuit passée à dormir sur le carrelage d’une cuisine, chez des gens que je ne connais pas, parce que j’avais oublié à l’appartement mon jeu de clés, batterie du téléphone à plat, et n’avais pas eu la présence d’esprit de sonner à l’interphone pour que mes colocataires m’ouvrent la porte. Moi je me retrouve à m’enfiler des hamburgers tout seul au McDo, comme un galérien esseulé. J’épluche mon courrier et découvre une invitation à dîner à une soirée. La lose ! Lorsque je m’y rends, mes collègues me demandent où je traînais, m’informent que tout le monde me cherche. Je n’ai pas osé leur dire pourquoi j’avais manqué le dîner… Autre chose, j’allume la radio, France Cul. Je tombe sur un auditeur en train de hurler des insultes à mon égard. Je me dis qu’il est trop tôt pour ces conneries, je trouve ça violent, je coupe le poste aussi sec. Ah, et cette junkie que je fais rentrer en boîte et qui cinq minutes plus tard se fait virer après avoir tiré les cheveux du videur… Moi, j’arrive à la soirée […], une responsable m’aperçoit, ne me reconnaît pas et lance : « Ah, c’est vous les danseuses ? Tenez, enfilez ça ! » Elle me tend alors un short moulant, la tenue que les gogo dancers, payées 10 euros de l’heure, portaient à cette fête. Je me suis sentie humiliée. L’an passé, c’était des actrices porno qui attiraient l’attention à la même fiesta. Oui, je me souviens de l’interview de Y. Elle me parlait de double pénétration anale, moi je tentais de rester concentrée tout en me disant en mon for intérieur que tout de même, c’est pas rien, une double péné anale.

C’est drôle comment un buzz peut circuler et de quelle manière. Il y a deux personnes qui ont piqué une tête dans la piscine de la Villa de mai, et le lendemain, on entendait les gens déclarer que la soirée était géniale, tout le monde s’est retrouvé à poil dans l’eau. J’ai également entendu des attachés de presse me féliciter pour mon nouveau petit ami, alors que je suis on ne peut plus célibataire. D’ailleurs, c’est toi, le SMS de Libé ? « Vendredi, 4h06. Entendu à la soirée du Garrel, avec des sanglots dans la voix : je n’ai pas roulé une seule pelle de tout le festival ». C’est amusant comme on a l’impression de ne pas avoir vécu les mêmes fêtes que celles auxquelles se rendait Technikart. Quand on regarde leurs photos, on se dit qu’ils ont vécu un tout autre festival que le nôtre. Oui, je ne suis pas sûr qu’ils s’endorment dans leur robe de soirée, eux. Je n’oublierai pas cette vision lorsque je t’ai vue sortir de ton lit dans cette tenue. Elle est tout de même mieux que celle de Wenders. Ah oui, je l’ai croisé, avec sa coupe de cheveux pas possible, vêtu d’un T-shirt Mickey Mouse… Mis à part leurs photos, j’aime bien leurs idées, notamment celle de donner la parole à un réal dont ils ont critiqué le film la veille. Oui, les cinéastes lisent les critiques, et parfois, partent en chasse de leur auteur. L’an passé, Reygadas avait lancé un contrat sur JW. Lequel ? Il en existe deux… Sont lourds, tous ceux qui vous abordent dans une soirée, il n’y a pas longtemps, j’ai coupé court en lançant un « dégage ! J’ai pas envie de parler ! » Moi j’ai une technique : j’empoigne mon téléphone et simule une conversation ; je lance un sourire à l’intrus, ébauche un signe de la main lui signifiant qu’on se parle plus tard et m’éclipse dans la foule. Seulement voilà, il m’est arrivé de me faire griller. J’avais oublié de passer en mode silencieux et mon portable s’est mis à sonner alors que j’étais censée être déjà en ligne. Moi, j’entends rien en soirée, mon téléphone est mort, alors j’envoie des SMS. Le comble pour un téléphone de ne pas pouvoir passer de coups de fil.

 

Bon, je vais y aller, j’ai encore des papiers à rédiger. Merci pour le thé.

 

T’as pas touché au croissant, j’espère, ça fait trois jours qu’il sèche là. Je t’allume la lumière sur le palier, sinon tu risques de ne rien y voir. Tiens, c’est déjà allumé. Ah, non, c’est la lumière du jour.

Fin de la scène, les personnages se couchent. Le soleil tente de percer le rideau de l’ondée, on ne sait plus trop l’heure qu’il est. Mais qu’importe, on peut encore s’octroyer quelques heures de sommeil. « Bonne nuit. » Sourire. Fondu au noir. What just happened ? It's Cannes, baby...


 


 

.l'équipe.de.Entre.les.murs.

.François.Bégaudeau. 


 

Comme quoi, « buzz means nothing ». Le président du jury, Sean Penn, coupe court à toute polémique, lorsqu’on lui demande à la conférence de presse pourquoi Valse avec Bachir ne figure pas au palmarès, là où d’aucuns le plaçaient favori. « Nous n’avons subi aucune influence et c’est à l’unanimité que nous avons plébiscité ce film sans couture où tout était magique. » Amazing, donc. Derrière ce qualificatif moult fois répété se rangent les membres du jury, Marjane Satrapi, Jeanne Balibar (« aucune contradiction n’a été mise de côté dans ce film »), Sergio Castellitto, Alfonso Cuaron. Le réalisateur Apichatpong Weerasetakhul affirme même ne pas avoir souffert de problème de traduction (démontant l’argument selon lequel le film serait limité par sa culture franco-française), qu’il a appréhendé Entre les murs avant tout comme un objet d’art qui traite de thèmes universels, une remarque qui ravira François Bégaudeau, fervent admirateur du Thaïlandais, croisé la veille à la fête du film. L’adaptation de son roman par Laurent Cantet remporte donc la Palme d’or, 21 ans après Maurice Pialat et Sous le soleil de Satan. Un film qui a le mérite de mettre tout le monde d’accord. Il y aura bien des esprits chagrins qui se penseront plus malins et estimeront de bon ton de cracher leur bile dessus et de s’élever contre lui, pour mieux se faire remarquer dans l’océan des thuriféraires. Mais force est de constater que la Palme de cette 61e édition rassemble le public et la critique (moins les mauvais esprits, bien sûr). Quoi qu’il en soit, la mini conférence de presse donnée par les lauréats débordait d’énergie. Cette même énergie revigorante que toute la troupe de gamins déploie à l’écran. « Comment allez-vous fêter cette Palme d’or », s’enquiert un journaliste. « Eh bien, un car est censé nous ramener à Paris à 23h », répond Cantet. « Nous allons négocier. » Dans la clameur de protestation joyeuse des jeunes réunis derrière lui, Bégaudeau ajoute : « nous allons réviser la grammaire entre onze et douze, puis relire du Flaubert. »

 

.Alexandra.Maria.Lara. 

 

.Natalie.Portman.

 

Engagement politique au plus près des problèmes de société. Le palmarès délivré par le jury de l’édition 2008 du Festival de Cannes surprend à bien des égards. Il Divo (prix du jury), Le silence de Lorna (scénario ? Il y avait plus inventif, non ?), Gomorra (Grand prix), autant de films (dont deux, complémentaires selon Castellitto, « qui montrent ce qui peut se cacher derrière une démocratie occidentale et qui célèbrent le retour du cinéma italien ») qui rendent compte chacun à leur manière de l’état du monde. Si le prix d’interprétation féminine (Sandra Corveloni, absente pour cause de drame personnel : la dame vient de perdre son enfant, ce que le jury ne savait pas, assurent les coréalisateurs Walter Salles et Daniela Thomas) prend tout le monde de court, au regard des incroyables performances de Martina Gussman (Leonera) et d’Arta Dobroshi (Le silence de Lorna), on s’étonne guère de voir Benicio Del Toro couronné, un tantinet blasé. A une journaliste japonaise arborant un T-shirt du Che lui demandant comment il se sentait en cette 80e année d’anniversaire du héros, il répond : « I love the shirt, I love the shirt… I feel like… happy birthday… I love the shirt… »

 

.Benicio.Del.Toro. 

 

.Steve.McQueen.

 

.Paolo.Sorrentino.

 

.Nuri.Bilge.Ceylan.

 

.les.frères.Dardenne.

 

.Arta.Dobroshi.

 

Caméra d’or logique pour Hunger de Steve McQueen, impressionnant travail sur le corps, servi par des acteurs complètement investis et ce long plan séquence de 20 minutes. Quant au prix de la mise en scène décerné au Turc Nuri Bilge Ceylan, qu’on avait découvert avec enthousiasme avec Uzak, il prouve l’attention portée par le jury à un véritable travail formel, pour un film desservi par certaines faiblesses de scénario, comme l’apparition superflue d’un fantôme. On passera sur les prix honorifiques spécialement créés pour récompenser les carrières respectives de Catherine Deneuve (rien pour le Desplechin dans lequel elle joue) et de Clint Eastwood (dont L’Echange repart bredouille, malgré une excellente interprétation d’Angelina Jolie, une photographie très travaillée et un savant mélange de différents genres, du film de procès au thriller, en passant par le drame intimiste) pour se réjouir de constater que le jury ne s’est pas laissé berner par les horreurs et inutiles daubes que sont, dans l’ordre décroissant, La frontière de l’aube (Louis Garrel), La femme sans tête (Lucrecia Martel), Serbis (Brillante Mendoza) et My magic (Eric Khoo). Un réel regret pour le James Gray (Two lovers) et le documentaire d’animation d’Ari Folman (Valse avec Bachir), deux films qui se démarquent d’une sélection en demi-teinte quoique de bonne facture. Globalement, le 61e Festival de Cannes aura tenu ses promesses, alimenté les débats, les discussions et confirmé la richesse du cinéma que tous qualifiaient, Jean Réno en tête lors de la cérémonie de clôture, d’international.

.meute.de.journalistes. 

 

.hôtesses.de.la.salle.des.conférences.de.presse. 

 

.Clint.Eastwood.et.Angelina.Jolie.

En quelques lignes, les pronostics, les coups de gueule, les déceptions, bref, le palmarès du 61e Festival de Cannes selon Plume-noire.com

.24 City.
Jia Zhangke livre un documentaire soporifique qui se contente d’aligner des plans fixes de témoignages sur le passé d’une usine d’armement. Il repartira les mains vides.

.Adoration.
Atom Egoyan interroge la mémoire, les nouvelles technologies et les moyens modernes de communication, la vérité dans le flux d’images et d’information, à travers l’histoire intime d’un ado qui tente de découvrir comment ses parents sont morts. Le film a reçu un très bon accueil du public. Nous, on s’est un peu perdu dans son rythme lent et la confusion de sa mise en scène.

.Blindness.
Le film d’ouverture, certainement déjà oublié de tous, jury inclus. Fernando Meirelles ne croit pas en ses choix de mise en scène, ses bonnes idées, et à trop prendre le spectateur par la main, il finit par le perdre. Raté, bien que rehaussant le niveau des films d’ouverture auxquels le festival nous a habitués depuis des années.

.Changeling (l’Echange).
Un très bon Eastwood, qui embrasse divers genres, du film de procès au thriller, en passant par le drame intime. Sachant que Sean Penn préside, même si ce dernier a soutenu à la conférence de presse du jury ne pas céder au favoritisme, ce film pourrait recevoir un prix. Lequel ? La mise en scène ?...

.Che.
Une amie et collègue vient de me confier s’être entretenue avec Olivier Assayas pour qui ce film marathon dont on se souviendra de la longue projection de 4h30 représente sa Palme. « Il a retourné tous les défauts du film que je lui exposais à son avantage », me racontait-elle. En un mot, un film qui divise, mais ne laisse pas de marbre. La Palme sinon rien. A moins que le Che reparte avec le prix d’interprétation…

.Delta.
Plans contemplatifs, rythme languide, dialogues laconiques. Delta jouit d’une beauté formelle et se remplit d’une atmosphère poisseuse qui en a séduit plus d’un. Outsider surprise possible.

.Entre Les Murs.
Un prix d’interprétation collectif pour l’ensemble des ados de la distribution ? L’adaptation du roman de Bégaudeau a remporté tous les suffrages. On peut se douter que ce sujet franco-français séduise la presse et le public étrangers. Pour autant, il paraît que plusieurs dizaines de pays ont d’ores et déjà acheté le film. Forcément un prix, pourquoi pas la Palme.

.Gomorra.
Un portrait réaliste, quasi documentaire, de la mafia, d’après le roman de Roberto Saviano. Prix du scénario ? On n’y croit pas trop…


.Il Divo.
Prix d’interprétation masculine pour Toni Servillo, qui compose un Giulio Andreotti incroyable de cynisme et de froideur. La posture du corps, la démarche, les moindres gestes et mimiques relèvent de la performance. Pour Sorrentino, prix de la mise en scène ou Grand Prix. Très maniérée et esthétisante au possible, elle sert le sujet, le portrait d’un homme mystérieux et opaque, 7 fois Président du Conseil Italien, 25 fois ministre, accusé de tout, d’assassinat, de complot, de malversations, de relations avec les francs maçons et la mafia, et acquitté lors de son procès. Rythmé, drôle, violent, le film s’avère une réussite, même si il faut maîtriser l’histoire de la politique italienne pour apprécier pleinement les arcanes de l’intrigue. On se souvient de Sorrentino à Cannes avec Les conséquences de l’amour, complètement desservi par cette mise en scène trop m’as-tu vu, réduisant son film à une longue publicité pour voitures de luxe. Ici, on n’imagine pas autres choix pour dresser le portrait d’un tel personnage.


.La Frontiere De L'aube.
Le film de la polémique. D’un côté, les défenseurs aveugles d’une certaine politique des auteurs, pour qui défendre un Garrel relève de l’acte de résistance face à la médiocrité, de l’autre, en vrac, les imbéciles et ceux qui refusent de se laisser berner par ce cinéma prétentieux et désuet. Notre Palme du navet.


.La Mujer Sin Cabeza.
On n’avait pas compris pourquoi et comment Lucrecia Martel avait déjà pu partir de la Croisette avec un prix. On ne comprendrait pas non plus si son nouveau méfait réitérait l’exploit cette année. Complètement hermétique, son film renvoie le spectateur à la porte, lui refusant tout plaisir par excès d’aridité.

.Le Silence De Lorna.
Prix d’interprétation féminine pour ce Dardenne apaisé mais toujours aussi tendu. A moins qu’ils réalisent un hattrick en décrochant la timbale. On en doute.

.Leonera.
Trapero compte parmi les réalisateurs qu’on adore. Sa façon de traiter sur le mode quasi documentaire ses films touche au cœur. Non content d’être un metteur en scène hors pair (même si on lui préférera son portrait de la police argentine dans El Bonaerense), cette histoire de mère en prison remporte tous les suffrages, avec une mention spéciale pour Martina Gussman, notre prix d’interprétation féminine. Elle porte littéralement le film sur ses épaules de bout en bout.

.Les Trois singes.
Le style de Nuri Bilge Ceylan a fait ses preuves. Photographie travaillée à l’extrême, plans séquences à l’affût de l’émotion tapie sur les visages. Un possible prix de la mise en scène.

.Linha De Passe.
Sublime et touchant portrait du Brésil d’en bas, via le parcours d’une famille pauvre de Sao Paulo. Notre coup de cœur. D’aucuns lui reprochent un trop plein de bons sentiments. Nous leur rétorquons que ça ne peut pas faire de mal, surtout lorsqu’on défend les apparitions méliesiennes de Laura Smet en ridicule fantôme de miroir dans La frontière de l’aube. D’autant que Walter Salles ne cède pas au pathos facile.


.My Magic.
Eric rate son Khoo. Le public a largement applaudi l’interprétation de Francis Bosco, qui dans la salle Lumière, a répondu en faisant surgir des flammes de son portefeuille. Touchant, mais à l’écran, nous avons un film ultra paresseux et lénifiant, boursoufflé de bons sentiments trop naïfs pour convaincre. L’histoire d’un père qui se sacrifie pour son fils, en poussant jusqu’à l’extrême ses talents de magicien. Une heure 15 minutes de projection, ça peut paraître parfois long…

.Serbis.
Erreur de casting dans cette sélection. Ce film sur une famille installée dans un cinéma porno philippin agace une fois passé la promesse des premiers plans. A vite oublier.

.Synecdoche, New York.
Quand le scénariste de Michel Gondry et Spike Jonze passe à la réalisation, ça donne un film où imaginaire se mêle à la réalité, où l’humour se veut mélancolique, voire dépressif, et au final, un film trop long pour qu’on adhère, malgré un début plutôt prometteur.

.The Palermo Shooting.
Wenders tourne un long clip avec dans le rôle principal le chanteur du groupe Die Toten Hosen, en photographe de mode qui nous fait sa crise de quadragénaire et rencontre la Mort. Hommage à Bergman et à Antonioni décédés l’été dernier, le film vomit son esthétique clinquante, à grands renforts de palette numérique, et l’intrigue sombre dans le mysticisme le plus abscons.

.Two Lovers.
Malgré quelques réserves dont nous avons parlé dans notre critique, James Gray réussit à négocier un tournant dans sa filmo, sans pour autant s’écarter de son style. A l’écran, une histoire d’amour tragique qui semble enfoncer des portes ouvertes mais qui en réalité atteint directement le cœur de celles et ceux qui ont un jour envisagé de tout plaquer par amour.


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Un Conte De Noël.
Une impressionnante direction d’acteurs par un Desplechin de haute tenue.

.Waltz With Bashir.
Gros coup de cœur pour ce documentaire d’animation sur la mémoire, servi par une réelle mise en scène bourrée d’idées et une technique de toute beauté. Beaucoup lui prédisent la Palme, nous lui voyons davantage un Grand Prix du jury.

.Gwyneth.Paltrow.


Notes 1 - 10 / 87