06/9/2006
.Femme.fatale.
Category: .Moland.inLOVkov.

Grosse erreur de casting de la part de Brian De Palma. Si le personnage central du Dahlia noir est bien Elisabeth Short, dont le meurtre changera à jamais la vie des principaux protagonistes du roman de James Ellroy, avec tout le mystère qui l'entoure, encore aujourd'hui, confier ce rôle à Mia Kirshner relève du gâchis, quand elle aurait excellé dans celui de son double maléfique, interprété par une relativement insipide Hilary Swank. Les deux personnages lui auraient d'ailleurs convenu, elle aurait même pu les interpréter tous deux. Dans la plus pure tradition depalmienne des personnages dont la duplicité se révèle au fil de l'intrigue, Madeleine Sprague Linscott renferme une psychologie complexe, que Mia Kirshner aurait pu transcender en un battement de cils. On se souvient de la gamme des émotions que son visage exprime et fait cohabiter et se succéder dans le même plan, à la toute fin de la saison 2 de la série 24. Concentration : elle ne se trouve pas là par hasard, et certainement pas pour quémander un autographe du président ; feinte : avant de passer à l'action, elle se munit d'un sourire de circonstance, pour mieux se fondre dans la masse des anonymes. « Mister President ! », appelle-t-elle, plusieurs fois, sans quitter ce sourire ravageur, dans tous les sens du terme. Palmer l'a entendue, il s'approche, lui tend la main, qu'elle agrippe, enferme, capture, emprisonne, longuement. Pas un mot échangé. Elle ne le quitte pas des yeux, lui sourit toujours, relâche finalement son étreinte. Il s'éloigne, l'oublie déjà. Elle, reste figée. Nouvelle émotion sur le visage : comme une sorte d'hébétude, un étonnement. Elle vient de se faire le premier homme des Etats-Unis, ce n'est pas comme envoyer à la mort quelques passagers d'un moyen courrier. Dans ses yeux on peut lire cette réflexion. Et puis, l'instant d'après, un autre genre de sourire, cette fois lancé à elle-même : de la satisfaction. Il ne lui reste plus qu'à s'éclipser, pas la peine de rester et d'assister à la chute de Palmer, terrassé par le poison et la surprise.
La carrière de Mia Kirshner se dessine avec une cohérence rare. De la petite strip-teaseuse d'Exotica à Mandy, la tueuse sexy de 24, en passant par la romancière qui vire sa cuti dans The L world, ou encore la jeune sœur névrosée de Connie Nielsen dans Dark summer, la comédienne aligne les personnages au charme létal. Dans le Dahlia noir, elle effectue de courtes apparitions. On ne la crédite même pas sur l’affiche du film. Elle incarne le mystère, tout comme Kevin Spacey dont le nom n’apparaît qu’au générique de fin de Seven. A l’écran, des photos, un cadavre mutilé dont on ne verra pas grand-chose, et surtout, des bouts d’essais, où miss Short se montre ingénue face à la caméra et à la voix de De Palma lui-même. Qu’à cela ne tienne, la jolie brune injecte une énergie à son personnage qui rend chacune de ses fugaces apparitions inoubliables, essentielles, vitales. La starlette rêve des étoiles de ce qui s’appelait encore à l’époque Hollywoodland. Elle peine à cacher son accent de fille de ferme, mais prétend sans vraiment convaincre qu’elle peut s’approprier tout type d’accent, sur commande. On lui demande de jouer la tristesse, la voilà rampant sur le sol, pathétique. Derrière ces maladresses qui ne révèlent aucun talent pour la comédie, l’actrice insuffle toute sa fragilité à son personnage. Dans le regard, empreint de vulnérabilité, de détresse et justement, de tristesse. Elle transforme un cadavre, soit un corps, en un être humain sensible. Elle lui donne de la consistance, la rend plus vivante que les autres protagonistes du polar. Prouesse renversante que celle de jouer à ne pas savoir jouer. Mia Kirshner maîtrise son regard. Si son corps, qu’elle exhibe volontiers et dans le film, et dans d’autres productions, participe de ses atouts indéniables, son regard constitue sa principale arme. Il lui permet de nuancer de façon à peine perceptible ses interprétations. Short ne parvient pas à réciter son texte correctement et pourtant, un simple regard caméra de Kirshner révèle toute une vie de frustrations, d’humiliations et de déceptions. Une révélation que l’actrice, et non son personnage, livre au spectateur. Presque une prémonition du destin funeste qui l’attend. Du pur génie. On ose à peine envisager ce qu’elle aurait donné si De Palma lui avait confié le rôle que tient Swank. On imagine le dosage subtil qu’elle aurait trouvé entre le sex-appeal et la perversion. Tout comme Bucky Bleichert, littéralement subjugué à la vision de ces bandes, le spectateur s’accroche à la générosité furtive que lui témoigne l’interprétation de Mia Kirshner. Une actrice de cette trempe, capable de raconter toute la vie d’un personnage en quelques scènes, on n’en compte que très peu dans la grande famille du cinéma.
.Le.Dahlia.noir.
réalisé par Brian De Palma
avec Josh Hartnett, Scarlett Johansson, Hilary Swank, Aaron Eckhart, Mia Kirshner...
Sortie en France le 8 novembre 2006.
.photo.
.Route.66.Bangkok.août.2006.
Une longue rue bordée de boîtes de nuit, dans lesquelles se rend la jeunesse dorée de Bangkok, à bord de voitures de sport. Le week-end, les établissements investissent la chaussée, installant des terrasses et coupant la circulation. Au Route 66, où on s'assure de la majorité des clients à l'entrée (entrée gratuite, avec consos à moins de 1 euro), plusieurs salles en enfilades proposent chacune un style musical différent, ici de la techno, ici du R'N'B, ici, du rock, avec groupe jouant live... Dans chaque salle, où les farangs (étrangers) se comptent sur les doigts de la main, la foule se presse et danse gaiment avec insouciance. Des milliers de jeunes qui s'éparpillent à 2h du matin.




Commentaires
Vive la France, vive le vinéma et vivent les thaïlandais.
In far-far east, prisonners...
Tu connais la suite n'est-ce pas Andy ?