"Quand tu pisses dans ton froc, tu n'as pas chaud bien longtemps."


Robert Duvall dans We own the night (La nuit nous appartient), dont la scène d'embuscade autoroutière risque de faire couler beaucoup d'encre, tant elle impressionne par son intensité et sa maîtrise. Injustement sifflé à l'issue de la projection presse, le 3e long métrage de James Gray divise profondément la critique. Trop classique, trop limpide, d'un côté, tragédie crépusculaire et mélancolique d'une intelligence rare de l'autre, ce film touche par les relations familiales qui parcourent l'oeuvre du réalisateur, de Little Odessa à We own the night, en passant par The Yards (déjà sifflé à Cannes). We own the night raconte l'histoire du gérant d'une boîte de nuit hyper hype partagé entre sa soif de pouvoir pour laquelle il doit composer avec ses patrons, pontes de la mafia russe new-yorkaise et sa famille appartenant à la NYPD. Ou comment trouver sa place, comment choisir son camp de manière radicale dans un monde qui ne montre aucune pitié pour les faibles et les vélléitaires. Ou encore, l'histoire d'un engagement.

Cette année, la sélection officielle propose nombre de films traitant cette thématique : trouver, ou du moins, chercher sa place. Il en va de même dans le dernier Fatih Akin, qui interroge la place de la Turquie dans l'Europe, partagée entre montée de l'intégrisme et laïcité, ouverture et repli sur soi, ou encore dans Import/Export de l'Autrichien Ulrich Seidl, où une Ukrainienne cherche son nid en Autriche tandis qu'un zonard autrichien part se perdre en Ukraine. Trouver sa place, toujours, avec Persepolis de Marjane Satrapi, récit autobiographique d'une Iranienne ayant vécu la Revolution, les milices, l'exil en Autriche et portant un regard distancié et plein d'humour sur la mutation de son pays.

Cette 60e édition marque un retour à la nostalgie, aux sentiments véritables et profonds quand l'an passé on nous servait du sexe, encore du sexe, rien que du sexe. Amour au sens noble et douloureux du terme chez Breillat comme chez Gray (amour fraternel), chez Sokourov (amour de la mère patrie pour ses soldats perdus au front) ou encore chez Wong Kar Wai, qui filme une véritable rencontre, là où ses précédents films s'achevaient sur un échec. Et la douleur inhérente à la perte ou à l'absence de l'être cher : chez Reygadas, chez Nadjari, chez Zviaguintsev, chez Winterbottom, chez Akin, chez Honoré, ou encore chez Lee Chang-dong, les personnages se démènent face au deuil. De haute facture, les films en lice pour la Palme d'or se font écho. Dans ce bon millésime, aucun véritable favori, aucun grand coup de coeur, mais hormis quelques intrus qui semblent avoir usurpé leur place en compétition, il reste difficle d'établir un pronostic sûr. Rien ne vous empêche de faire vos jeux. Verdict, demain.