.Che.trop.long.

Les jeux de mots fusent. Au cours de la seconde partie de la projection de Che, le film marathon de Steven Soderbergh (4h30), je reçois un sms d'une collègue et amie : "ché lâché le Che". Entendez, je me suis barrée. Tout le monde y va de sa petite plaisanterie : "Le Che m'a fait ché", "Che raté", "Che la cherbe"... Pourtant, nous étions nombreux à nous masser sous le soleil devant la salle Debussy pour assister à la projo presse. Mais dès les premiers plans, on craint le pire. Soderbergh nous refait le coup de Traffic, avec ses filtres monochromes, son passage de la couleur au noir et blanc. Refusant toute représentation héroïque, il n'emploie guère d'autres artifices et prend le parti fort honorable de la narration pure et brute, lançant sa caméra dans la jungle où Fidel et Ernesto mettent sur pied la guerilla et la revolution. On les suit donc dans leur quotidien, ponctué de quelques combats anti-hollywoodiens, presque cheap, mais là où un Malick parvient à instiller de la tension dans des fusillades où on ne verra pas à l'image l'assaillant (la Ligne rouge), Soderbergh ne réussit qu'à installer l'ennui. Seule la fin de la première partie, petite guerre de tranchées dans les rues qu'on conquiert quartier par quartier, sort le film de la léthargie.

Intermission, nous annonce un carton. Dans le hall de la salle, les organnisateurs du festival ont prévu un encas. Des sacs en papier estampillés "Che" nous attendent, avec à l'intérieur un sandwich, une bouteille d'eau et une barre chocolatée.

La seconde partie s'étale et Guevarra s'égare. On le suit en Bolivie où il tente de poursuivre la révolution. Les scènes se succèdent sans que l'intrigue n'avance, Soderbergh s'embourbe dans son portrait sans âme, trop long, trop fatigué, en alignant les jours pendant lesquels les guerilleros achètent de la nourriture aux paysans du coin, pas très concernés ou convaincus eux-mêmes par la cause qu'ils défendent, avant l'arrestation et l'exécution sommaire du Che. Une scène dont l'attente nous tenait cruellement éveillé. Amen, Che fini...

.Gwyneth.Paltrow.

Two Lovers (de James Gray), c'est l'anti Vicky Cristina Barcelona (de Woody Allen). L'un traite le thème du triangle cornélien sur le ton de la tragédie quand l'autre explore les impasses du ménage à trois sur le mode de la comédie romantique. Le film de Gray, semble enfoncer des portes ouvertes tout du long. Les situations paraissent téléphonées, voire surréalistes, à la lisière du ridicule, telle cette scène vaudevillesque où Leonard, amoureux de Michelle, se cache derrière la porte de la chambre, lorsque l'amant de celle-ci se présente à l'improviste. Tous trois se retrouvent dans le cadre. Impossible que l'amant ne découvre pas la présence de Leonard, pour autant, la scène fonctionne. Nous sommes dans l'universel, pas dans la réalité.

.James.Gray.

Les esprits chagrins peu subtiles qui avaient crié au scandale à la sortie de We own the night, le qualifiant de navet pour débiles avec 2 de QI peuvent s'économiser une place de ciné pour aller voir Harry Potter 12 ou La Croisée des mondes 5, des films qui vous parlent du sens de la vie. Leur intelligence sera sans doute à nouveau offensée ici. Chez Gray, on connaît l'issue. Gray ne joue pas au petit malin en nous réservant un twist. Il parle au coeur, directement, celui de celles et ceux qui ont un jour aimé, qui ont un jour envisagé de tout plaquer, littéralement, par amours, celles et ceux qui ont touché le fond, se sont arraché les yeux à force de ne plus parvenir à pleurer, et qui se sont résolus. Ont capitulé face au poids du destin, de la fatalité. A la sortie de la projection presse de Two Lovers, ceux-la se reconnaissaient à leur refus de parler à chaud du film, le nez et les yeux encore humides.

.Vinessa.Shaw.

Petite révélation, Vinessa Shaw, la brune du trio, tout comme Rebecca Hall dans Vicky Cristina Barcelona (de Woody Allen), menace sérieusement d'éclipser sa partenaire blonde. Toute en grâce, en douceur, en charme discret, deux actrices à suivre.

 

.Jeremie.Renier.

 

Que les esprits chagrins qui avaient crie au scandale lorsque Rosetta avait rafle la Palme d'or en 1999 se rassurent. Le silence de Lorna risque de les reconcilier avec le cinema des freres Dardenne, qui, en un mot, prouvent qu'ils peuvent renouveler leur style tout en continuant a faire du Dardenne. Moins de camera  portee, plus de retenue, et une intrigue qui s'ouvre a l'Europe tout en creusant la question de l'intime, celle du parcours et de la lutte d'un personnage incarne par une magistrale Arta Dobroshi qui porte le film de bout en bout sur ses fragiles epaules.  Les premiers promostics les voient volontiers realiser un hattrick en remportant cette annee encore la timbale. Messieurs, dames, faites vos jeux.

Ambiance. La circulation n'a pas encore été coupée devant le palais, les badauds ne se pressent pas encore à ses portes, quoique la mafia des escabeaux a déjà posté ses premiers sbires pour tenir le siège devant les marches, sur lesquelles on n'a pas encore déroulé le tapis rouge, mais qu'on prend tout de même en photo, les affiches se tutoient sur la Croisette, les clapets des casiers des journalistes n'ont pas encore entamé leur incessant concert, et le staff arbore son plus frais sourire devant les quelques correspondants déjà présents qui ne se bousculent pas encore pour accéder en salle de presse à un clavier.

On salue les visages (re)connus, cotoyés  l'an passé et qu'on a l'impression d'avoir quittés la veille, on profite des quelques heures de soleil dont les prochains jours enfermé en projection nous priveront, on fourbit ses armes en attendant la première projection, le lendemain, à 10h : Blindness de Fernando Mereilles. Le réalisateur de l'excellent Cité de Dieu et du succès public The Constant Gardener ouvre les hostilités avec une histoire d'épidémie otant la vue à l'humanité, Je suis une légende chez les aveugles, en somme.

 

 

EN COMPETITION
.: 24 City
.: Adoration
.: Blindness
.: Changeling
.: Che
.: Delta
.: Entre Les Murs
.: Gomorra
.: Il Divo
.: La Frontiere De L'aube
.: La Mujer Sin Cabeza
.: Le Silence De Lorna
.: Leonera
.: Linha De Passe
.: My Magic
.: Serbis
.: Synecdoche, New York
.: The Palermo Shooting
.: Two Lovers
.: Un Conte De Noel
.: Waltz With Bashir

HORS COMPET.
.: Ashes Of Time Redux
.: C'est Dur D'être Aimé ..
.: Indiana Jones IV
.: Kung Fu Panda
.: Maradona
.: Of Time And City
.: Roman Polanski
.: Sanguepazzo
.: Surveillance
.: The Chaser
.: The Good, the Bad, and ..
.: The Third Wave
.: Vicky Cristina Barcelona
.: What Just Happened?

Tout au long du festival, les critiques des films remarquables sur Plume-noire.com


Pour les premières photos des lauréats, prises lors de la conférence post-cérémonie, et postées quasiment en direct, c'est chez .Contrechamp.à.Cannes.

D'autres suivront ces jours prochains, après peut-être une bonne nuit de sommeil pour tenter de s'adapter à nouveau au rythme parisien et lutter contre la déprime post-cannoise.

"Quand tu pisses dans ton froc, tu n'as pas chaud bien longtemps."


Robert Duvall dans We own the night (La nuit nous appartient), dont la scène d'embuscade autoroutière risque de faire couler beaucoup d'encre, tant elle impressionne par son intensité et sa maîtrise. Injustement sifflé à l'issue de la projection presse, le 3e long métrage de James Gray divise profondément la critique. Trop classique, trop limpide, d'un côté, tragédie crépusculaire et mélancolique d'une intelligence rare de l'autre, ce film touche par les relations familiales qui parcourent l'oeuvre du réalisateur, de Little Odessa à We own the night, en passant par The Yards (déjà sifflé à Cannes). We own the night raconte l'histoire du gérant d'une boîte de nuit hyper hype partagé entre sa soif de pouvoir pour laquelle il doit composer avec ses patrons, pontes de la mafia russe new-yorkaise et sa famille appartenant à la NYPD. Ou comment trouver sa place, comment choisir son camp de manière radicale dans un monde qui ne montre aucune pitié pour les faibles et les vélléitaires. Ou encore, l'histoire d'un engagement.

Cette année, la sélection officielle propose nombre de films traitant cette thématique : trouver, ou du moins, chercher sa place. Il en va de même dans le dernier Fatih Akin, qui interroge la place de la Turquie dans l'Europe, partagée entre montée de l'intégrisme et laïcité, ouverture et repli sur soi, ou encore dans Import/Export de l'Autrichien Ulrich Seidl, où une Ukrainienne cherche son nid en Autriche tandis qu'un zonard autrichien part se perdre en Ukraine. Trouver sa place, toujours, avec Persepolis de Marjane Satrapi, récit autobiographique d'une Iranienne ayant vécu la Revolution, les milices, l'exil en Autriche et portant un regard distancié et plein d'humour sur la mutation de son pays.

Cette 60e édition marque un retour à la nostalgie, aux sentiments véritables et profonds quand l'an passé on nous servait du sexe, encore du sexe, rien que du sexe. Amour au sens noble et douloureux du terme chez Breillat comme chez Gray (amour fraternel), chez Sokourov (amour de la mère patrie pour ses soldats perdus au front) ou encore chez Wong Kar Wai, qui filme une véritable rencontre, là où ses précédents films s'achevaient sur un échec. Et la douleur inhérente à la perte ou à l'absence de l'être cher : chez Reygadas, chez Nadjari, chez Zviaguintsev, chez Winterbottom, chez Akin, chez Honoré, ou encore chez Lee Chang-dong, les personnages se démènent face au deuil. De haute facture, les films en lice pour la Palme d'or se font écho. Dans ce bon millésime, aucun véritable favori, aucun grand coup de coeur, mais hormis quelques intrus qui semblent avoir usurpé leur place en compétition, il reste difficle d'établir un pronostic sûr. Rien ne vous empêche de faire vos jeux. Verdict, demain.

 

Et si la Palme revenait finalment à un film d'animation ? A savoir Persepolis de Marjane Satrapi... A l'approche de la fin du festival, aucune rumeur ne circule, aucun favori ne se démarque véritablement... En revanche, on verrait bien, de notre côté, un prix d'interprétation pour Amalric et un prix d'interprétation féminine pour le Sokourov, le Akin ou encore le Mungiu... Et la mise en scène ? Pour Béla Tarr qui invente le thriller soporifique ? Ou son clone Reygadas ? Ou Tarantino ? Non, trop facile. Idem pour Wong Kar Wai, qu'on a déjà oublié. A moins que la Palme ne revienne aux Coen. Bref, on n'en sait rien... Et pour le moment, on s'en tape.

En attendant le James Gray, le Breillat (qui m'énerve d'avance) et le Kawase, Contrechamp à Cannes a rencontré hier Abel Ferrara pour sa comédie injustement et scandaleusement présentée hors compétition. Sur le mode midinette, elle n'en revenait pas de s'être fait baiser la main à l'issue de cette interview concédée in extremis par le maître, qui, en fin de journée, n'en pouvait plus de recevoir les journalistes sur la plage Gray d'Albion, et ne rêvait que de piquer une tête dans la mer, histoire de mouiller une bonne fois pour toutes sa chemise à 1000 dollars (sic).

L'interview filmée sera bientôt disponible sur Contrechamp à Cannes, blog de Trois couleurs. Mais sinon, puisqu'ils ont besoin de pub au point d'aller spammer divers blogs ciné, vous pouvez toujours aller du côté de VSD où leur envoyé spécial (un de ceux qu'affectionne Roman Polanski) vous racontera sa première expérience ciné avec Béla Tarr. Passionnant, vraiment.

Petit quizz facile : qui peut-on reconnaître sur la photo de famille ci-dessous ? (Pour la voir en plus grand, cliquer ici)

Petite migration en salle Bunuel plutôt que dans la minuscule salle habituelle pour une conférence de presse exceptionnelle. Gilles Jacob a réuni pour cette 60e édition quelques grands noms du cinéma mondial qui ont participé à l'histoire du festival de Cannes. L'occasion de voir notamment Michael Cimino, les frères Coen et Dardenne, David Cronenberg, Takeshi Kitano, Wong Kar Wai, Tsai Ming Liang, Gus Van Sant, Wim Wenders, Manoel de Oliveira, Raymond Depardon, etc. Hélas, pas une seule question passionnante, bien au contraire. Les journalistes ayant pris la parole semblent débarquer sur la Croisette sans avoir révisé leur manuel d'histoire du festival ("pourquoi n'y-a-t'il pas de films arabes sélectionnés à Cannes ?", demande une journaliste égyptienne qui a sans doute oublié les Youssef Chahine, Elia Suleiman et autres Abbas Kiarostami), paraissent ne s'intéresser qu'au féminisme de base ("Jane Campion, vous êtes la seule femme parmi tous ces hommes, ne vous sentez-vous pas un peu seule et ne trouvez-vous pas cela un peu machiste ?") au détriment du cinéma lui-même... Isabelle Giordano, pour une fois, se montre pro en recadrant les questions et en évacuant celles qui s'adressent davantage à Thierry Frémaux ou à Gilles Jacob, et en rappelant à l'ordre une "journalite chinoise" qui pose 50 questions toutes aussi insipides les unes que les autres. Finalement, Roman Polanski, qui peu de temps avant se lançait dans un mini-débat avec Atom Egoyan, prend à nouveau la parole pour proposer qu'on écourte cette conférence ennuyeuse, mettant le doigt sur l'inanité des questions posées. Il conclut en se levant et en quittant seul la salle, sous quelques sifflets (j'aurais bien applaudi sa sortie, mais je faisais partie des journalistes visés dans leur ensemble) après avoir lancé une dernière réplique : "Allons manger !"

Et toujours d'autres photos sur le blog de

.Contrechamp.à.Cannes. 

... et avec Inland Empire, ça ne peut que péter... En attendant, les 10 qui sauvèrent les meubles de 2006... La vie est une série de cycles. Bonne fin d'année à toutes et à tous...


.01.Casino.Royale.[Martin.Campbell].
.02.Les.infiltrés.[Martin.Scorsese].
.03.The.Devil's.rejects.[Rob.Zombie].
.04.The.Host.[Bong.Joon-ho].
.05.La.mort.de.Dante.Lazarescu.[Cristi.Puiu].
.06.Munich.[Steven.Spielberg].
.07.12.and.holding.[Michael.Cuesta].
.08.Vol.93.[Paul.Greengrass].
.09.Sangre.[Amat.Escalante].
.10.A.bittersweet.life.[Kim.Jee-woon].

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