.2.+.2.=.2.Radiohead.live.
Je me souviens de Cyclo, de Tran Anh Hung. Je me souviens de Creep, bande son d’une incroyable scène dans une boîte de nuit… Je me souviendrai des arènes de Nîmes, les 14 et 15 juin 2008.
I might be wrong
Proclamer haut et fort, en utilisant le ton péremptoire des courtisanes en manque de faire-valoir, que Radiohead se place incontestablement en tête de file des groupes de rock (mais est-ce encore du rock ?) les plus créatifs et les plus influents de ce début de siècle, relève de l’évidente lapalissade. Nul besoin, par conséquent, de jouer aux exégètes éclairés et hautains, en précisant ô combien le quintette emmené par Thom Yorke, le génial nain à l’œil torve (quoique facétieux) et aux poumons d’airain, s’est depuis des lunes écarté des chemins de la musique, précisément à partir de l’emblématique OK Computer, pour s’engager sur ceux de l’expérimentation et du happening in progress, tout comme David Lynch avait cessé de faire du cinéma avec Lost Highway pour livrer une œuvre d’art moderne dépassant les frontières du subconscient et laissant sourdre chez le spectateur des sensations insoupçonnées. L’heure n’est plus à l’analyse froide, mais aux émotions pures. Assister à une prestation live du groupe relève donc de l’urgence et de la nécessité. Presque une question de vie ou de mort. Quelques esprits chagrins avaient craint le pire, — la perte de puissance sur scène —, (à ceux-là, nous rappelons que la puissance n’est rien sans la précision) à la sortie de Kid A (et de son jumeau Amnesiac), annonçant un virage à 90° du côté de l’électro expérimental, crainte aussitôt effacée par l’exécution publique ironiquement baptisée I might be wrong. Passons rapidement sur le plus abordable Hail to the thief et le génialissime In rainbows pour nous pencher sur leurs concerts hexagonaux donnés dans les arènes de Nîmes les 14 et 15 juin derniers, après deux shows à Bercy et avant celui d’Arras, au cours desquels nous avons pu nous conforter dans l’idée qu’il existe des artistes pour qui il ne faut ni perdre de temps, ni tergiverser, ni compter ses deniers. On se rappelle du dernier concert de Noir Désir, vu juste avant le drame que l’on sait, on se dit qu’il est trop tard pour Metallica et on se demande encore comment on a pu laisser passer autant de dates des Anglais. Pour mieux les découvrir sur la tournée de l’un de leurs meilleurs albums ? Usons de l’outrecuidance et de la mauvaise foi pour mieux nous draper dans la virginité de l’amateur candide qui rejoint la grande famille de ceux qui y étaient. Reportage.
There there
Après avoir digéré, la veille, la déculottée des Bleus par les Bataves, suivie sur une placette rue de la République, une poignée d’irréductibles tenaient déjà le siège devant les grilles des arènes, à l’heure où le soleil estival atteignait son zénith. Le temps d’un petit tour dans les vieilles ruelles, à la vaine recherche d’un toit pour le soir même (comme quoi, procrastiner pour réserver une chambre un soir de concert relève de l’insouciante idiotie, mais mieux vaut dormir à la belle étoile après avoir joui d’un billet acheté le jour de sa mise en vente, dans les premières heures de l’ouverture des guichets, que l’inverse) et de finalement abattre la carte des amis avignonnais, que nous voilà à soumettre notre peau nue aux morsures de Ra, le cul sur les pavés, au milieu d’une foule progressivement grandissante. La mission : atteindre les premiers rangs de la fosse. Devant nous, les arènes se dressent, des arcades desquelles filtrent les notes de la setlist de ce soir. Un pré concert en guise de balance, composée de morceaux joués intégralement. Une promesse. Un fond sonore des plus exquis qui envahit avec précision l’espace occupé par un public patient, descendant joyeusement ses provisions, vidant ses tubes de crème solaire ou piquant un somme sous son parapluie.
Everything in its right place
Voilà deux heures que le sitting se poursuit quand le service d’ordre, de jeunes femmes et hommes vêtus d’un T-shirt blanc estampillé « sécurité », se déploie derrière les barrières, créant l’inévitable et prévisible mouvement de foule consistant à se dresser sur ses pattes et à se masser dans la plus chaleureuse promiscuité contre les grilles pour tenir la position une bonne heure supplémentaire. Des moutons ? Des zombies ? Des bodysnatchers ? Un peu tout ça à la fois. La patience passe le relais à l’endurance. Le plaisir n’en sera que plus intense, se promet-on.
Lorsque la meute commence finalement à s’engouffrer, nous courons presque comme des damnés, évitant de commettre l’erreur de passer par les marches face à nous et de nous voir refuser l’accès, réservé aux possesseurs de billets de 1ère catégorie offrant le droit de poser ses fesses sur les gradins les mieux situés par rapport à la scène. Pour achever notre course à gauche de la scène, juste derrière la première rangée du public appuyé aux rambardes. Que de petits gabarits. Piece of cake. Hormis un nabot esseulé tentant nerveusement de s’infiltrer au travers des mailles des groupes d’amis amassés devant la scène, parvenant même à engager la conversation et à leur soutirer un Figolu, l’ambiance se veut bon enfant, au son du raï que distille la sono. Je caresse mon appareil photo en bandoulière, tandis que les arènes vibrent sous les assauts répétés d’une ola. Chaque chose semble à sa place.
Bat for à chier
Pas facile d’assurer la première partie d’un mastodonte comme Radiohead. Mais quelle opportunité ! Une chance que Bat for lashes n’aura pas su saisir. Accoutrés comme des fées clochette tout droit sortis du Club Dorothée, les musiciens, emmenés par une chanteuse n’ayant pas encore assimilé ses influences björkiennes, se contentent de changer d’instrument (aussi exotiques les uns que les autres) d’un morceau à l’autre, quand ils n’en utilisent pas deux à la fois, mais ne parviennent pas à faire décoller leur musique. Devant les applaudissements polis, Natasha Khan balbutie quelques mots peu inspirés. Le lendemain, elle cachera à peine son agacement et sa déception derrière un ironique « thank you for being so quiet and for listening ». Dommage, à l’instar du titre What’s a girl to do, qui clôt le set, découvert grâce à S., dont le clip, fabuleux et étrange plan séquence, berce dans le mysticisme lynchien, la musique de Bat for lashes sur CD tient plutôt bien la route. Cette mise en bouche aura eu le mérite de ne pas s’éterniser au-delà des 45 minutes.
Reckoner
45 minutes. Beaucoup moins longues. C’est ce qu’il aura fallu pour débarrasser le plancher des instruments des fées clochette et pour installer la scène. Les rideaux de néons se déploient, les roadies accordent les guitares et les techniciens font de la varappe tandis que la sono enchaîne les titres de reggae, dont chaque dernière note sonne comme le début du concert tant attendu. Autant de fausses alertes qui déclenchent de nouvelles houles dans la foule.
Lorsque les lumières s’éteignent, la lune brille au-dessus des têtes. On reconnaît les premières notes de Reckoner, comme un hymne en hommage à ceux qui se passent de mots pour se reconnaître, qui se moquent des distances et du temps, qui se retrouvent à chaque écoute. Nous aurons droit à tous les titres du dernier album, sublimés dans leur version live, conférant aux chansons les plus faibles une autre dimension, plus incarnée, plus amplifiée, plus convaincue et plus convaincante : l’éther de All I need, la fraîche légèreté nocturne et spectrale de Nude, l’entrain de Weird fishes / Arpeggi, le minimalisme de Faust arp, le rythme larmoyant de Videotape, la célérité vrombissante de Bodysnatchers, l’invitation à l’oubli et à la rêverie sous les étoiles de House of cards, la dernière danse de Jigsaw falling into place, la chaleur démantibulée de 15 Step.
Des écrans alignés derrière les musiciens retransmettent des images, des plans de chacun, sous toutes les coutures, sous tous les angles, au rythme des morceaux : plongées, contre-plongées, plans de détails, un manche de guitare, le clavier du piano, une main, une jambe, une partie du visage. Les tubes de néons se parent de mille et une couleurs en battant la mesure.
Thom Yorke, habité sur les titres atmosphériques comme Pyramid song ou Nude, se montre tour à tour et tout à la fois frénétique au piano, épileptique à la guitare, en transe au micro. Laconique, il s’autorise quelques échanges en français avec un public conquis d’avance, même lorsqu’il reprend du début Talk show host. Les frères Greenwood tranchent : l’un, l’éternelle mèche de cheveux lui barrant le visage, triture sa guitare pour lui arracher des solos volcaniques, tandis que l’autre se drape dans un flegme plein de classe, la chemise impeccablement boutonnée. Derrière, basse et batterie soutiennent nonchalamment l’ensemble. Sur There there, les Greenwood marquent le tempo aux percussions, avant la libération enragée des six-cordes.
Nous aurons eu droit à deux rappels, ponctués de monuments comme Karma police ou Bodysnatchers et au cours desquels Thom Yorke s’installe à la batterie et entraîne la cavalerie dans une chevauchée endiablée. Au total, deux trop courtes heures d’un mémorable concert.
Dollars and cents
Nos amis avignonnais P. et P., que nous remercions au passage, venus nous chercher pour nous sauver de la pénurie de logement et nous offrir le gîte, nous l’avaient confirmé : plus de place en vente pour les deux dates nîmoises, selon La Provence. Plaît-il ? Deux dates ? De retour à Nîmes le lendemain, désœuvrés et quelque peu nostalgiques, nous traînons nos guêtres comme de pauvres hères dans les vieilles ruelles pour finir devant les arènes. Quelle surprise de constater que les bus de tournée n’ont pas quitté le parking et qu’une foule commence à pénétrer dans l’enceinte. Une micro seconde d’hésitation nous suffit pour qu’on se décide à se procurer deux tickets au black qui tend le bras, pour quelques sesterces de plus. A l’entrée, on confisque les parapluies. Le ciel se montre moins clément, même s’il n’aura pas ouvert les vannes. Cette fois-ci, nous décidons d’apprécier le concert depuis un autre poste d’observation : les gradins. Nous jetons notre dévolu au dernier étage au sein d’un groupe de spectateurs plutôt sages. L’ambiance se veut cordiale, voire fraternelle. Les vendeurs de chips et de chouchous se fraient un chemin dans les rangées remplies, les avions en papier au fuselage expérimental s’élancent dans le ciel, sous les applaudissements ou les sifflets des amateurs en aéronautique, selon la trajectoire et la durée de leur vol, la musique orientale laisse la place à Bat for lashes qui nous gratifie du même show soporifique. Décidément pas facile d’ouvrir pour Radiohead.
You and whose army ?
Bonne intuition que cette déambulation qui nous a menés devant les arènes. Dès les premières mesures de 15 Step, nous comprenons que le groupe ne sert jamais le même menu à ses convives. L’ordre des plats varie d’un soir à l’autre, la setlist comprend des chansons non interprétées la veille. Nous aurons vu deux concerts complètement différents l’un de l’autre. D’autant que ce soir-là, le show atteint son acmé avec une performance dont le groupe nous a privé la veille : la réalisation d’un clip vidéo en direct. Thom Yorke s’installe au piano, Jonny Greenwood derrière lui, pour entonner You and whose army ? Une petite caméra cadre le visage en gros plan du chanteur, le guitariste en arrière-plan. Thom Yorke joue de son physique, à grands renforts de mimiques, de grimaces, de clins d’œil, sortant du cadre pour mieux le réinvestir. Lorsque la chanson s’emballe, son image se dilue alors pour mieux réapparaître. Les vidéos sur Youtube ou Dailymotion témoignent de cette performance ludique. A l’issue des deux heures de ce second concert, après la joyeuse foire d’empoigne pour récupérer son parapluie parmi les milliers stockés, nous nous satisfaisons de cette leçon d’algèbre : 2+2 = 2 concerts inoubliables du plus grand groupe de rock actuel.


.Radiohead.
.Arènes.de.Nîmes.
.14.15.juin.2008.
.setlists.
.14.juin.
01 - Reckoner 6:53
02 - Weird fishes/Arpeggi 5:43
03 - Myxomatosis 4:09
04 - All I Need 4:43
05 - Pyramid Song 6:02
06 - Nude 4:57
07 - There There 5:38
08 - The National Anthem 4:40
09 - Faust Arp 2:41
10 - Videotape 5:00
11 - No Surprises 4:05
12 - 15 Step 4:26
13 - Where I End and You Begin 4:10
14 - Idioteque 4:25
15 - Everything In Its Right Place 4:51
16 - Street Spirit(fade out) 4:36
17 - Bodysnatchers 4:26
18 - House of Cards 5:32
19 - Talk Show Host 6:15
20 - Exit Music(for a film) 5:06
21 - Jigsaw Falling Into Place 4:22
22 - Karma Police 4:28
23 - Bangers and Mash 4:27
24 - Planet Telex 4:36
.15.juin.
01 - 15 Step 5:50
02 - Bodysnatchers 4:43
03 - All I need 4:25
04 - Airbag 4:48
05 - Nude 4:34
06 - Pyramid song 5:25
07 - Weird fishes/Arpeggi 5:20
08 - The gloaming 3:26
09 - Dollars and cents 5:46
10 - Faust arp 2:37
11 - Videotape 5:20
12 - Optimistic 4:47
13 - Just 4:16
14 - Reckoner 5:28
15 - Everything in its right place 4:58
16 - Fake plastic trees 5:10
17 - Jigsaw falling into place 4:09
18 - House of cards 6:08
19 - There there 6:15
20 - Bangers and mash 4:09
21 - Paranoid android 6:56
22 - How to disappear completely 7:19
23 - Cymbal rush 4:43
24 - You and whose army? 3:12
25 - Idioteque 4:04






















Commentaires
Hasard du lecteur RSS qui me propose deux fois Radiohead aujourd'hui... versions alternatives, détournées et Suédoises (!) que le fan (la groupie ?) pourra évidemment détester...
http://djcopycat.blogspot.com/
http://djcopycat.blogspot.com/2008/07/creep-08-copycat-club-remixes.html
Tes photos me replongent dans l'éxacte ambiance du concert d'Arras de la semaine dernière.
merci
PS : non, ce n'est pas tout à fait du rock, je suis d'accord... Mais néanmoins, les traces de l'éternel défunt demeurent nettement perceptibles, et uniques aussi...
Bien à toi,
Youri.
http://tinyurl.com/5t4dbc
http://steekr.com/n/50-2/share/LNK603248889aa553d17/
Il y a 4 fichiers à réunir avec l'utilitaire HJSplit (que j'ai mis en ligne aussi)
(NB : Rapidshare est un hébergeur de fichiers au moins aussi riche que la Mule... son utilisation gratuite est un peu confuse... histoire de motiver les utilisateurs à prendre un compte payant)
Si tu trouves un enregistrement des concerts de Nîmes, je prends !
Seule déception : Bat for lashes, une de mes jolies découvertes faites récemment. Maintenant, je ferme ma bouche parce que : 1. je ne suis pas un esthète en musique. 2. Je ne les ai jamais vus sur scène (et vous aviez l'air de les apprécier comme moi à l'écoute).
Une question importante : qu'est devenue Sandrine Marquès? Plus de blog? Je m'arrache les cheveux, et bien que bien fourni (je parle des cheveux!), je suis très clairsemé depuis...