Category: .Moland.Zikov.

She’s back ! Elle se raconte sans se la raconter. Dans son nouvel album, dans les bacs le 1er juin 2004, P.J. Harvey se love au sein de sa propre histoire, de son intimité. Avec pudeur, simplicité et sincérité. Après les expérimentations électro de Is this desire ? et la maturité classieuse, voire luxueuse de Stories From The City, Stories From The Sea,(elle s’offrait quand même un lancinant duo avec Thom Yorke, l’une des figures les plus charismatiques du rock actuel) le septième opus de l’une des plus grandes dames du rock des quinze dernières années sent bon la poussière des grands espaces, l’asphalte léché par le soleil et cet abandon du retour aux origines. La pochette en atteste : polaroïd de la Pidjette, passagère pensive d’une voiture lancée sur les highways, au rythme de riffs basiques, mais boostés par des arrangements efficaces et surtout, de sa voix, aux mille et une nuances, promesses d’émotions tapies au détour d’un virage. Ou plus lasse, lorsqu’elle ne fait que traverser une nuit à la belle étoile, seulement accompagnée de quelques accords folk acoustiques. Moins sophistiqué que Stories…, Uh Huh Her joue des tripes, du ventre, de la rage sourde des premiers albums, comme pour nous signifier que contrairement à d’autres, P.J. ne s’est pas fourvoyée, sait où elle se trouve sur la carte, sait garder le cap, sait où elle va et surtout, d'où elle vient : de ces années où le grunge brillait de mille feux, vite consumés. Comme on parle de road-movie, Uh Huh Her est une sorte de road-music, avec ses accélérations, ses aires de repos plus extatiques, mais toujours inscrite dans un paysage uniforme. «Let me tell you about my brief history», invite-t-elle. La route est longue, et le temps ne presse pas : nous sommes tout ouïes. Toujours sur le livret du CD, tel un album photo personnel, la miss étale ses autoportraits, pris à diverses étapes de sa vie. «All that matters is my voice and my story», précise-t-elle. Une histoire qu’elle continue à écrire.

On ne peut s’empêcher de penser aux frères Gallagher, ces Beatles-wannabe, qui affichaient avec outrecuidance l’ambition de devenir le plus grand groupe de rock du monde, à l’instar de leurs modèles, mais qui ne brillèrent qu’un court moment, juste le temps de faire la moue derrière un tambourin et de mettre à mal quelques chambres d’hôtel. Accessoirement, Oasis laissera au répertoire anglo-saxon un petit bijou, le seul sans doute : «Wonderwall». Quel rapport entre Oasis et P.J. Harvey ? Souvenons-nous des propos condescendants et arrogants de Liam au sujet de Polly, se moquant de sa bouche, de son nez, bref, de son physique, disons, particulier. Indifférente à ces roquets avides de popularité et uniquement soucieux de leur image, elle a su tracer sa route sans se laisser influencer par les qu’en dira-t-on, gagnant le respect sur la durée. Comme beaucoup de chefs-d’œuvre, un artiste, même s’il peut être soumis aux aléas de la mode, se reconnaît avant tout à sa résistance aux éraflures du temps, et de son corollaire : l’oubli. A-t-elle jamais rempli Bercy ? Qu’importe, elle remplira deux fois (les 23 et 30 juin) le Zénith de Paris, et on se sentira plus proche d'elle. P.J. Harvey appartient à cette famille d’artistes qui se moquent du sens du vent, parce qu’ils savent qui ils sont, parce que le diable du succès n’a pas réussi à leur soutirer leur âme. Des cavaliers solitaires qu’on aimerait croiser sur sa route, car les histoires qu’ils traînent dans leur besace respirent la sincérité et, pour bousculer les grands mots, l’authenticité. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la belle dédie la chanson «The end» à un certain Vincent Gallo. Vivement fin juin !




Commentaires
Petite précision "people" pour le titre "The End", dédié à Vincent Gallo : PJ Harvey et lui étaient ensemble. Brève histoire d'amour !
Par contre, bien que j`aime beaucoup Vincent Gallo, je pense que ces temps-ci, il a reellement besoin de plus que d`un simple reconfort musical. Sa folie polyphonique est un peu trop grave pour que cette seule aide puisse lui etre d`un grand secours.
Sinon, j'ai pris la nuit pour écouter l'album de PJ Harvey.40 minutes de plaisir intégral. Donne t-elle un concert au Japon ?
J'adore ce blog, je vais de ce pas te mettre dans mes liens.
Cela fait du bien qu'une personne de la gente masculine parle d'une chanteuse, sans nommer toutes les parties de son corps, comme font beaucoup !