Note : ceci n’est pas un spoiler (quoique), mais si vous êtes fan de la série et n’avez pas encore visionné l’épisode 24 de la saison 2, passez votre chemin.




Méfiez-vous des brunes. Celle-ci n’effectue que de furtives et trop rares apparitions, mais elle sait marquer les esprits, par sa présence, sa détermination, et sa froide beauté, tout comme une autre brune inoubliable, dont les entrées et sorties de scène, toujours inattendues, glacent le sang. Echappée d’un lieu interlope où, déguisée en collégienne à socquettes, elle affolait les clients en ondulant près de leur table, la voici promue hôtesse létale, dans la série qui redonne une seconde jeunesse à un genre sclérosé : le film d’action.
Elle ouvre la première saison de 24 en s’envoyant en l’air avec un photographe, dans les toilettes d’un avion, avant de l’expédier quelques minutes plus tard, lui et les autres passagers, au septième et dernier ciel. Tueuse freelance sans état d’âme, Mandy disparaît sitôt sa mission accomplie : subtiliser une carte d’accréditation, se débarrasser des témoins en réduisant un Boeing en cendres, se payer une chute libre au-dessus du désert de Mohave, puis sacrifier sa maîtresse trop gourmande, non sans avoir dévoilé ses atouts, à la lueur d’un feu de camp. Elle ferme les portes de la saison suivante d’une tout aussi terrifiante manière. Ce personnage secondaire, absent des 23 épisodes précédents, montre à nouveau son minois, perdu dans une foule en liesse, seulement dans les toutes dernières minutes de l’épisode 24, sans doute les plus réussies de la saison.
Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, Jack Bauer vient d’empêcher la troisième guerre mondiale de débuter, sa gentille fille chérie (« sweet heart », comme il se plaît à l’appeler) vient de le rejoindre, après avoir entraîné son petit ami dans une cavale dont il sort amputé d’une jambe, et après avoir refroidi son employeur psychopathe, immobilisé à terre et désarmé. Le président peut souffler. Il donne à ses concitoyens une conférence de presse, avant de se payer un petit bain de foule matinal. Dans le public, un dos. Une longue tignasse brune. Le président sert des paluches, la caméra s’attarde sur un visage, qu’on reconnaît d’emblée : Mandy.
En quelques plans, Mia Kirshner donne corps à son personnage, dont le visage exprime toutes les émotions en quelques instants. Concentration : elle ne se trouve pas là par hasard, et certainement pas pour quémander un autographe ; feinte : avant de passer à l’action, elle se munit d’un sourire de circonstance, pour mieux se fondre dans la masse des anonymes. « Mister President ! », appelle-t-elle, plusieurs fois, sans quitter ce sourire ravageur, dans tous les sens du terme. Palmer l’a entendue, il s’approche, lui tend la main, qu’elle agrippe, enferme, capture, emprisonne, longuement. Pas un mot échangé. Elle ne le quitte pas des yeux, lui sourit toujours, relâche finalement son étreinte. Il s’éloigne, l’oublie déjà. Elle, reste figée. Nouvelle émotion sur le visage : comme une sorte d’hébétude, un étonnement. Elle vient de se faire le premier homme des Etats-Unis, ce n’est pas comme envoyer à la mort quelques passagers d’un moyen courrier. Dans ses yeux on peut lire cette réflexion. Et puis, l’instant d’après, un autre genre de sourire, cette fois lancé à elle-même : de la satisfaction. Il ne lui reste plus qu’à s’éclipser, pas la peine de rester et d’assister à la chute de Palmer, terrassé par le poison et la surprise.
Toute la force de cette scène tient dans le jeu de l’actrice qui, en quelques secondes, exprime plus qu’une Elisha Cuthbert en 24 épisodes, qui se contente de courir dans tous les sens en faisant rebondir ses seins et en entraînant en enfer quiconque se retrouve coincé dans son sillage. Dans 24, il ne faut jamais négliger les rôles secondaires. Tout comme Mandy, ils peuvent s’avérer essentiels ou déterminants au cours du récit. D’autres, à force d’occuper l’écran sans développement significatif de leur psychologie, finissent par encombrer et voir leur rôle réduit à celui de vitrine censée apporter moult digressions inutiles, quand ils ne servent pas seulement à appâter le chaland. Jack n’a pas encore mis le grappin sur Mandy, il n’en connaît même pas l’existence. Espérons que cette hitgirl de charme viendra un jour nous débarrasser de la frange de sa fille. Comme ça, vite fait, bien fait. Le temps d’un sourire.