Selon un lieu commun, les tribus primitives croient que les prendre en photo revient à voler leur âme. Si la photographie, comme n’importe quelle autre forme d’art, donne à voir une certaine interprétation de la réalité, il est étonnant de constater comment elle révèle parfois une autre réalité, déformée, comme appartenant à une dimension parallèle. Nul besoin de consommer une quelconque substance psychotrope pour constater que le reflet d’un visage ne correspond pas forcément au sujet de ce reflet. Il y a peu, j’étais frappé par les tics qui secouaient les linéaments du visage d’une femme assise dans le métro parisien. Comme si on avait branché d’invisibles électrodes sur ses joues, comme si de multiples décharges stimulaient les nerfs sous la peau. Son reflet dans la vitre, lui, restait de marbre. Scène limite effrayante. Sur la photo ci-dessus, il est surprenant de découvrir que l’image de la bouche du dormeur sur la vitre semble entrouverte. Comme si l’une des deux représentations de ce visage perdu dans les limbes de la somnolence comptait un temps d’avance sur l’autre. L’image reproduit, l’image révèle, l’image interprète, l’image ment.