Bien que peu à peu encerclé par les constructions branchées, le Tacheles garde encore un peu de son âme alternative, telle qu'elle brillait dans les dernières années du siècle dernier, au-delà des frontières, puisque les squats artistiques français le montrent en exemple dans leur lutte pour la reconnaissance. Le bar Zapata accueille encore des concerts, le cinéma propose toujours une programmation éclectique, et on croise encore dans les étages (qui rappellent les Frigos parisiens) des artistes, sensiblement plus créatifs que nos amis français, ne leur déplaise. Certains ont même effectué le déplacement au Palais de Tokyo, en 2002, pour ce grand raout réunissant artistes venus du monde entier. Lorsque je travaillais pour le site web de Marianne, je m'étais intéressé aux squats artistiques. Cette visite au Tacheles relevait donc de la nécessité : une des principales raisons motivant le choix de Berlin comme lieu de villégiature. Visite gratifiée d'une rencontre insolite avec Johannes Glende, violoncelliste qui se produisait deux jours plus tard dans une espèce de terrain vague au-dessus d'une voie ferrée, au 18 Kopenhagener Straße, lieu de culture éphémère où Uwe et son chapeau melon nous raconta, dans un français impeccable et sans se départir de son sourire illuminé, que le "Ich" allemand serait une variante des initiales du Christ (J-I pour Jesus/Iesus et ch pour Christ) ou/et de Jules Cesar (J-I pour Jules et ch pour Cesar), entre autres révélations sur le sens de la vie et les arcanes du monde, comme la signification de la gestuelle du flamenco : taper des pieds pour appeler le démon, et taper des mains pour le faire partir... Nous serions bien restés en si charmante compagnie, si Juliette ne nous attendait pas ce soir-là.